dimanche 5 novembre 2017

L'image de synthèse, une amie ou ennemie du photographe?

Mazda woodworker backstage from WesternJack on Vimeo.

Un concours de détection des images des synthèses produites par IKEA circulait sur Facebook il y a quelques mois.

Savez-vous détecter une image de synthèse d'une vraie photographie issue de vrais photons qui ont traversé un vrai objectif?

Cet été, un ami qui roulait un studio d'illustration depuis plusieurs années a opté pour une carrière d'éclairagiste de synthèse dans une grosse boîte de production. Il conseille un expert en images de synthèse sur ses stratégies d'éclairage de sorte à créer des images plus photo-réalistes.

Les modules de rendus récents produisent du HDR et des kits d'éclairage associés. Les hors foyers et le respect des comportements optiques des objectifs sont générés depuis plusieurs années.

Encore une fois, la puissance des cartes vidéos des gamers (GPU Graphic Processing Unit) permet à des coûts "raisonnables" de créer à la "maison" des résultats à s'y méprendre.

Par contre, le Bitcoin Mining a créé des arrérages en matière de cartes vidéos très performantes qui sont maintenant dévolues à la spéculation financière. C'est quand même spectaculaire que les cartes de gamer soient monopolisées pour de la spéculation financière. Excusez mon manque d'érudition en la matière, mais ma naïveté et mon idéalisme ont été ébranlés quand j'ai constaté, dans une grande chaîne de produits informatique du Canada, que tous les produits performants étaient "back order" pour le Bitcoin Mining. Est-ce un phénomène temporaire ou qui persistera? Peut-être que je passe à côté d'une fortune dissimulée... J'en doute fort.

Depuis plusieurs années, certains photographes ont ajouté à leur arc une corde de CGI (Computer Graphic Imaging) afin de satisfaire certains clients et de se diversifier. Il est évident quand on s'intéresse sérieusement à l'image de synthèse que la sensibilité d'un photographe en matière de compréhension des objectifs et de la lumière est un atout important et fait la différence entre une bonne et une très bonne image de synthèse.

Les plus grands logiciels de synthèse utilisent des algorithmes disponibles dans des cartes vidéo domestiques et permettent des résultats surprenants. Une étude avait démontré que le public confond souvent une image de synthèse pour une vraie image photographique et vice et versa. Le même genre d'étude avait démontré que la détection de l'usage intensif de Photoshop dans une image était souvent confondue avec une photo non altérée.

Les artistes 3D deviennent de plus en plus conscients qu'ils doivent développer une vision photographique de leurs projets.

Encore une technologie  de plus à apprendre? Certains photographes considèrent qu'un assistant avec des compétences en 3D est un plus à leur studio. Comprendre ce que la 3D a à offrir reste important afin de savoir comment mieux planifier une prise de vue complexe et optimiser ce que l'on doit faire et ce que l'on doit envoyer en CGI. Si ce n'est pas vous qui le déterminez, ce sera l'agence qui vous engage. Un peu comme bien, comprendre les possibilités de Photoshop permet de savoir où commencer et où arrêter.

dimanche 15 octobre 2017

DIY numériseur à films vs Nikon D850

DIY Scanner version très très économe. photo Martin Benoit
Lorsque Nikon a présenté son dernier appareil, le Nikon D850, beaucoup de bruit s'est fait autour du phénomène qu'il le recommandait comme numériseur à pellicule à l'aide de l'adaptateur ES-2.

Cette solution de numériser des films à l'aide de caméras numériques a pris sa popularité lors de l'apparition du Canon 5D mkII qui se confrontait aux numériseurs de l'époque. Beaucoup concluaient que de numériser en macro du film à l'aide d'expositions multiples (HDR) à la magnification finale recherchée, atteignait une qualité de gradation et de définition supérieure à plusieurs numériseurs spécialisés.

Qu'en est-il de la solution du D850/ES-2? Premier fait à remarquer est que Nikon recommande l'utilisation d'un de leurs objectifs macro/micro qui se détaille autour de 700$ en plus du 200$ pour le ES-2... Nous ne sommes pas loin du prix d'un numériseur Epson Photo V800 à 6400ppi pour 1150$.

Nikon parle en termes de numérisation à 45,7MP et Epson et les numériseurs parlent en termes de résolution en ppi. 6400ppi c'est 6400 pixels au pouce et un 35mm mesure 24mmx36mm, soit 1po par 1,5po. Donc 6400px x 8600px = 55Mp. Tout ça est un calcul mathématique de combien de pixels peuvent théoriquement être générés par de telles numérisations.

Tous ceux qui sont familiers avec la numérisation de pellicules savent que les pixels ne sont pas tous nés égaux. Les appareils photo doivent faire du démosaïcage afin de générer les valeurs BVR d'un pixel donné, et ce très souvent au travers un filtre passe-bas (sorte de diffuseur) de sorte à éviter les confusions de couleurs propres au motif Bayer qu'utilisent les capteurs. D'autre part, la grande majorité des numériseurs à plat font appel à un capteur trilinéaire qui consiste en trois rangées de photosites spécialisés en la capture d'une couleur primaire. C'est le balayage qui permettra de successivement capturer individuellement pour chaque pixel de vraies valeurs BVR sans avoir recours au démosaïcage.

Le point faible de la grande majorité des numériseurs à plat est qu'ils utilisent des optiques de qualité discutable et ce toujours à la même magnification (distance film à numériser/capteur). Ils obtiennent les différentes résolutions grâce à l'intrapolation des pixels capturés ou simplement en s'abstenant de capturer certaines informations de certains pixels quand la résolution sélectionnée est un multiple inférieur à la résolution native du capteur. De plus, la grande majorité des numériseurs ont une faible plage de luminosité afin de s'adapter aux diverses plages de densité que peuvent présenter une diapositive sous-ex ou encore un négatif sur-ex ou surdéveloppé. Traverser des densités élevées au-dessus de 2,5 devient rapidement problématique pour les numériseurs. Il y a des exceptions chez certains numériseurs comme les Nikon en variant la puissance de la source lumineuse ou encore chez les numériseurs à tambour. On parle de budget complètement différent dans ces derniers cas.

Un grand avantage de numériser à l'aide d'un bon appareil photo HDSLR est d'avoir un contrôle quasi total sur l'exposition et de la plage de densité ainsi que la gradation que l'on obtiendra. Si l’on désire une résolution supérieure, on s'approche du négatif et on le numérise en parties que l'on reconstruit ensuite dans Photoshop. Si on désire traverser un film trop dense, on augmente le temps d'exposition ou la puissance de la source lumineuse. On désire une grande plage dynamique, on effectue diverses expositions que l'on recombine (hdr). Théoriquement, c'est le paradis et le grand contrôle. Dans les faits, l'exercice est plutôt laborieux si vous voulez des résultats précis. Par contre si vous pouvez vous contentez de résultats aussi bons que ce que votre caméra produit lors d'une photo de paysage, vous gagnez en vitesse. C'est souvent la solution la plus rapide pour numériser une très grande collection de diapositives. Un petit banc de repro et click, click, on passe d'une diapo à l'autre, pas d'aperçu de numérisation et le tour est joué beaucoup plus rapidement qu'un numériseur à plat.

Dans le but de rassurer mes étudiants, qui croient souvent qu'il n'y a plus de vie après le passage au département, car ils n'auront plus accès à notre vaste palette d'outils, je leur propose de se fabriquer un numériseur à film pour 27,44$ à partir d'éléments que l'on trouve au Dolorama et sur Amazon. Une vieille boîte de Kleenex, du papier ciré, une ampoule d.e.l., des bagues rallonges macro, un trépied inversé, un porte-négatif en bristol et le tour est joué. Il vous reste à être méthodique et méticuleux. Évidemment, ce dispositif peut-être amélioré à plusieurs égards, mais l'idée est de rester très accessible. Je dois vous avouer que je n'ai eu aucun succès avec les étudiants qui regardent cet assemblage plutôt comme un délire du prof. qu'un outil leur permettant de faire de l'argentique sans trop se vider le porte-feuille...

Ayant eu à numériser beaucoup de négatifs et diapositives à travers les années, j'ai utilisé toutes les techniques possibles allant de la boîte de Kleenex à 27$ au numériseur à tambour à 70k$ plus. Je trouve l'approche de Nikon très simple et relativement bon marché. Il faut par contre fermer le diaphragme au moins à f11 de sorte à compenser la courbure de champs des objectifs normaux. Sinon, il faut s'équiper d'un objectif micro (pas bon marché) afin de s'assurer que les coins seront en foyer. Les objectifs de courtes focales ne performent pas bien à de telles ouvertures. Nous entrons dans les problèmes de diffractions et autres. Si vous possédez déjà un objectif micro récent ou plus vieux, c'est une bonne solution pour usage occasionnel. Les objectifs Micro-Nikkor 55mm f3,5 sont superbes et faciles à trouver dans l'usagé.

N'oubliez pas que le ES-2 est d'une épaisseur prédéterminée et que seulement une magnification sera atteignable avec un objectif donné. Donc, vous ne pourrez pas numériser qu'une portion de film.

dimanche 24 septembre 2017

Uqbar, revisiter la notion d'art en photographie




La Biennale métafictionnelle de la photographie à Uqbar


Depuis plus d'un an, l'artiste montréalais Antonino Paraggi (pseudonyme) , nous présente une autre perspective de l'art photographique.

Il faut vraiment apprendre à naviguer ce musée virtuel et prendre le temps de visionner les photos de près et écouter les vidéos.

Voici sa définition de son travail:

La Biennale métafictionnelle de la photographie à Uqbar est une œuvre de réalisme magique. Il s’agit d’une œuvre html, en perpétuelle évolution, représentant une collection de musées. Originalement inspiré par la thématique 2015 du Mois de la photo à Montréal, ce projet est né en contemplant la notion de « post-photographie », telle qu’elle a été postulée par Joan Fontcuberta. 

Au départ, nous avons été attirés par le paradoxe de la mise en abime implicite dans l'idée de «l'art qui représente le musée». Mais en commençant à créer les œuvres d'art pour les murs d’un musée imaginaire, nous avons perçu le plein potentiel de ce terrain de jeu, richement exploitable. La création des photographes et de leurs œuvres permettait non seulement d'explorer la photographie contemporaine, avec ses questions ontologiques toujours fascinantes, mais aussi de la réinventer. La réinvention des œuvres contemporaines et historiques sous forme de pastiche a facilité l'accès aux thèmes et aux idées du langage photographique ; elle a fourni aussi des points de référence pour le spectateur qui peut ainsi les utiliser pour mesurer et qualifier les distorsions proposées par la lentille d’Uqbar. 

lundi 4 septembre 2017

Doit-on tout montrer? La limite de l'acceptable.

Sylvain Castonguay, Burhan Özbilici et Martin Tremblay. photo Martin Benoit
La Maison de la photo de Montréal, présentait une conférence avec le lauréat du World Press Photo 2017, Burhan Özbilici, celui qui a pris la fameuse photo du tueur brandissant son pistolet après avoir abattu un ambassadeur russe. 

Le débat consistait à cerner ce qui était pertinent de montrer. Dans quelle mesure l'horreur nous permet-elle de bien saisir la nature d'un événement?

Sylvain Castonguay, caméraman pour RDI et Burhan faisaient remarquer que c'est une norme qui varie d'une culture à l'autre. Certaines cultures sont extrêmement frileuses avec la nudité, tandis que la violence extrême ne les offusque guère. D'autres sont satisfaites par l'opposé. C'est aussi une norme qui évolue dans le temps. Marie-Ève Bédard, animatrice du débat et journaliste à RDI au Moyen-Orient, essayait de savoir s’il n'y avait pas un danger d'aseptiser les médias des horreurs des conflits. Tous les panélistes ont eu de la misère à répondre à cette question qui est de nature politique en termes de position des grandes maisons de publication. Seul Sylvain Castonguay a exprimé clairement ses frustrations relatives à son employeur, qui, à l'occasion, retire des images qu'il tourne et qu'il croyait nécessaires.

Je reste de ceux qui croient que l'on doit en montrer davantage afin de bien prendre conscience de l'ampleur des situations. Si nous étions pleinement sensibilisés, peut-être que nous serions moins rapides à voter pour un va-t-en-guerre ou des solutions violente. Il ne faut pas mettre ces images à la une des médias, mais quand même accessibles sans que l'on ait à creuser trop loin. Toutes les images violentes sont sur Internet, mais elles sont trop profondes et nécessitent trop de recherches que l'individu moyen ne prend pas le temps de faire. La responsabilité de la presse est de nous donner la juste dose de l'information de sorte à bien être informé et prendre les bonnes décisions.

C'est certain qu'une image "choquante" peut changer des politiques. On n'a qu'a penser à l'image du petit garçon noyé face contre le sable et les politiques réfugiés syriens qui en suivirent. Oui, la mouvance était déjà là, mais l'image a capté l'imaginaire collectif d'une façon particulière. Pour me faire l'avocat du diable, l'image du même garçon où le visage était plus visible existe, mais ce n'est pas celle qui a marqué et il existe beaucoup de photos d'enfants noyés. Pourquoi celle-là spécifiquement? L'histoire nous le dira.

vendredi 1 septembre 2017

L'équipe de profs et techs du Vieux exposent

photo par François Gagné enseignant
Au programme de photographie du Vieux Montréal, nous exposons tous les deux ans en "off" du Mois de la photo. Cette année, ce sera la plus grosse cuvée avec une participation plus importante que les années précédentes.
Une palette de démarches seront présentées, d'anaglyphes, à des paysages, à des réflexions sociales et plus encore.

Pour ma part, j'exposerai une série d'images en provenance du printemps 2012 où je m'amuse à pousser à l'extrême les effets spéciaux acceptables lors des concours de photo afin de démontrer l'impact que peuvent avoir les retouches admises.

Au plaisir de vous rencontrer.

Vernissage le mercredi 6 septembre 17h à 19h à l'Agora du Vieux 255 rue Ontario Est.

lundi 14 août 2017

Poste Canada célèbre des photographes montréalais issus du Vieux

Dyptique de Gabor Szilasi, photo de Claire Beaugrand et à droite par Gilbert Duclos. photo Martin Benoit
Depuis quelques années, Postes Canada émet des collections de timbres illustrés par des photographies de photographes canadiens célèbres. La dernière émission du 4 juillet 2017 est composée, entre autres, de 2 timbres, un représentant une photo de Gilbert Duclos et l'autre de Claire Beaugrand-Champagne.

Ce sont deux finissants de  notre programme de photographie au début des années 70.
De plus, en mars 2013, Poste Canada émettait un timbre représentant un diptyque par Gabord Szilasi, aussi un enseignant du programme au cours des années 70.

Je ne peux m'empêcher de constater que quoi que l'on dise, le Vieux Montréal a été le berceau de plusieurs photographes importants du Québec. Que ce soit dans le secteur commercial, publicitaire ou artistique. Il faut dire que nous avons été la première institution collégiale à offrir une telle formation. Dawson, Matane et Concordia sont apparus quelques années après.

Comme le mentionnait Antoine Desilet, il fallait s'enrôler dans l'armée pour recevoir un cours officiel de photographie ou aller étudier à l'étranger. Nous sommes pré-Internet et en langue française les ressources étaient très minces et diffuses, c'est le moins que l'on puisse dire.

Pour avoir personnellement fait des erreurs inacceptables durant des années par manque de formation, j'étais bien placé pour apprécier une formation en bonne et due forme. Aujourd'hui la collégialité qu'offrent les réseaux sociaux et les ressources Internet peuvent pallier, dans quelques cas, si vous êtes du genre discipliné et autodidacte. Il reste que c'est une expérience de vie très enrichissante que de passer trois années avec des gens qui partagent la même passion que la vôtre.

samedi 5 août 2017

Sue Vo-Ho superpose ses photos pour se souvenir

Sue et l'auteur, photo Yves Beaulieu

La mémoire est un animal complexe et souvent évanescent. Sue Vo-Ho, a colligé une série de photos de villes en des superpositions qui proposent un sentiment onirique du souvenir confus que l'on accumule au cours d'une vie relativement à des lieux.

Des impressions fugitives, des présences mal définies, des organisations spatiales confuses.

Plusieurs ont spéculé sur quel serait la qualité de nos souvenirs si nous n'avions pas la photographie afin de nous aider à rafraichir notre mémoire. Nous souvenons-nous des photos ou des lieux?

Elle a réalisé cet exercice en capturant les villes sur pellicule argentique afin de ralentir et mieux composer et elle fini ses assemblages numériquement. La démarche s'étale sur presque tous les continents de l'Amérique à l'extrême Orient en passant par l'Afrique.

L'exposition "Mémoires de ces villes"  se déroule du 3 au 29 août à la galerie La seigneurie du Centre culturel Georges-P-Vanier de Châteauguay, 15 boul. Maples.