lundi 18 juin 2018

Photographier au 5x7; Hurrell partie 2

Cambo 8x10 réduit 5x7. photo Yves Beaulieu
Une contrainte que je me suis imposée lors du projet Hurrell, est d'utiliser du film 5" x 7".
Un format qui a régné durant les années 30-50 pour le portrait.
Le 5x7 à l'avantage de coûter deux fois moins cher que le 8x10, il était disponible avec une surface retouchable au crayon et l'agrandir ne nécessitait pas un agrandisseur industriel.

Par contre, je n'ai touché qu'à un seul vrai 5x7 dans ma vie et c'était un vieux Cambo dans un labo où on l'utilisait pour faire de la repro avec un dos réducteur 4x5.

Nous avons au collège un 8x10 Cambo avec dos réducteur 5x7 que nous avons assemblé pour l'occasion.

Le format 5x7 a l'avantage que la taille du visage est encore assez grande pour que le retoucheur négatif puisse laisser des traits qui seront invisibles, s'il est assez talentueux.

Le poids d'un tel appareil, lorsqu'il est équipé d'un objectif à portrait (1,5x la focale normale, donc autour de 350 mm) et étiré de sorte à faire la mise au point à une échelle de portrait plan ceinture, impose un trépied et une tête de trépied très costaux. Nous avons utilisé une colonne Firenze et une tête Gitzo no 4 et c'était vraiment un minimum, car il fallait être très délicat et bien balancer le tout au-dessus de la tête afin d'éviter un accident.

J'aurais aimé idéalement un 5x7 à dos révolver ce qui aurait permis d'affiner les compositions et ainsi optimiser la surface de la pellicule. Un dos révolver impose un plus gros soufflet et permet de maintenir le corps de la caméra à la verticale même quand le négatif est incliné. Nous avons donc du faire preuve d'imagination et de contorsion pour faire croire à une posture inclinée tout en maintenant la chambre droite.

Prochain billet: Comment se procurer du film 5x7

lundi 11 juin 2018

Le projet Hurrell partie 1

Stazia teste différents mordants pour crayon sur une émulsion. photo Martin Benoit
À l'automne 2017, au dernier jour  du cours de photographie argentique, que j'enseignais aux finissants, j'ai présenté une Adams Retouching Machine, pour leur parler de la retouche avant Photoshop.

À ma grande surprise, ils ont été fascinés par la pièce d'équipement et de ce qu'elle permettait de réaliser.

À titre d'exemple, j'ai montré le travail de George Hurrell, qui était un cas typique de retouche négatif grand format.

À la fin du cours, ils m'ont demandé de lancer une session de portraits qui utiliserait cette technique.

Les voyants excités, j'ai accepté sans trop savoir exactement l'ampleur que le projet prendrait.

C'est ainsi qu'en mars dernier, 24 des 28 finissants se sont investis dans un projet, qui s'est avéré très complexe et qui n'est pas encore terminé. C'est pourquoi je n'ai pas publié de billets sur ce blogue étant occupé à gérer cette entreprise qui a sollicité tous mes neurones photographiques. Je me rattraperai en vous partageant cette aventure très éducative qui atteindra son aboutissement d'ici quelques mois, je l'espère.

Voici quelques problèmes que je devais résoudre:

-trouver une chambre grand format 5x7
-trouver un objectif d'époque fonctionnel pour le portrait d'environ 13 po de distance focale avec la possibilité de créer de la diffusion interne.
-trouver un remplacement au fameux Kodak Retouching Fluid
-trouver de la pellicule 5x7
-trouver des supports de développement 5x7 et des cuves.
-vraiment comprendre comment Hurrell travaillait
-trouver un agrandisseur 5x7 adéquat
-maîtriser l'utilisation de sources fresnel à fort contraste
-trouver une maquilleuse qui comprendrait le défit visuel considérant que l'éclairage serait impardonnable et qu'il n'y aurait pas de Photoshop.
-tester la nouvelle pellicule et trouver le temps de développement et le révélateur adéquat
-apprendre à retoucher au crayon des négatifs 5x7
-développer une stylistique d'impression sur papier fibre
-documenter l'aventure en photo et vidéo
-gérer tout ce monde et s'assurer que tout se fera dans le plaisir et la camaraderie
-créer des équipes de sous-gestions des différents aspects du défit

Nous avons presque traversé toutes les étapes.
Les photos ont été  prises, imprimées et plusieurs vidéos racontent cette histoire.
Il reste à peaufiner la retouche au crayon et réimprimer les négatifs qui méritent ce genre de traitement.

Je publierai régulièrement sur ce blogue l'arrière-scène de ce travail de recherche.


dimanche 25 février 2018

Le côté obscur de la force

J'hésitais à écrire sur ce sujet, mais je suis passé du côté Windows après avoir analysé les
photo Martin Benoit
performances et surtout les prix des nouveaux iMacPro.

Ces iMac sont le nec plus ultra sous la plateforme OsX. Par contre, ils ont un défaut que j'ai beaucoup de misère à pardonner, ils ne sont pas configurables par l'utilisateur après achat. Ça veux dire qu'au moment de l'achat, on doit savoir quelle carte vidéo (GPU) dont on a besoin, quel CPU, combien de RAM et quelle taille de SSD. Ce sont des gros choix quand on considère que le RAM est historiquement cher, que les SSD baissent constamment de prix et que les GPU sont très chers.

À 7250$ tx inc. pour la plus petite configuration et 18 559$ pour la plus grosse configuration, il ne faut pas se tromper. La façon dont ces Mac sont construits, tout est installé en usine et ce que l'on commande sera la configuration finale avec laquelle on devra vivre jusqu'à la mort de l'ordi.

Sans penser à un Hackintosh, j'ai étudié la plus petite configuration et essayé de construire un équivalent à configuration variable sous Windows.

J'ai trouvé une carte mère de type SLI qui peut accommoder 3 GPU à grande vitesse.
Cette carte mère peut recevoir jusqu'à 128 gigs de RAM.
On peut aussi interchanger le CPU en fonction de l'évolution de ces derniers.
Ensuite j'ai cherché un GPU (carte graphique) qui est équivalent ou supérieur au Radeon ProVega 56 des iMacPro de bases à 7250$. J'ai trouvé la carte graphique ASUS ROG Strix GTX 1080 Ti, qui sous tous les aspects est plus performante que la Radeon Pro Vega 56. Cette carte devait être compatible avec les produits Adobe et Autodesk de sorte à jouir de l'accélération GPU que ces logiciels peuvent utiliser.

En construisant une machine basée sur ce principe, je me suis ramassé avec une facture de 3700$ (tx inc) pour une machine à possibilité de 3 GPU en parallèle, 128 gigs de RAM, 8 baies pour disques durs ou SSD. J'ai commencé avec 1 GPU 1080 Ti à 11 gig de RAM, 32 gig de RAM, un SSD de 500 gig et un CPU i7-7800X à 3,5 GHz. Pour le plaisir, j'ai ajouté un lecteur DVD, ce qui est impossible  sur le iMac Pro. La carte mère possède une pléiade de ports USB, 2, 3 et type C. Théoriquement, je pourrais assembler une machine supérieure au iMac Pro si j'y installe 3 GPU de haut de gamme. L'espace est très serré, mais ça semble faisable. Je peux ajouter des ports Thunderbolt de dernières générations au besoin.

Ce que j'ai en moins, c'est un écran 5k et pas de Bluetooth. Pour 1300$ Apple vend un moniteur LG de 5K. Je n'ai pas besoin d'un écran 5K en ce moment et le prix des écrans est toujours à la baisse. J'ai donc une machine aussi performante (si on néglige le OS) qui me permettra de grandir à ma vitesse, selon mes besoins et selon mon portefeuille. Ce n'est pas aussi beau, c'est sous mon bureau dans une tour Fractal Design faite en Suède hyper silencieuse, mais finalement mon bureau est plus dégagé et il me reste des sous pour faire de la déco... Quand je trouverai cet ordi lent, je déciderai quel volet nécessite une accélération (CPU, GPU, SSD, RAM) et je sortirai mes sous pour le volet spécifique. Les prix des composantes aura probablement baissé.

Les premiers calculs que j'ai fait m'ont donné une accélération de 70x relativement à mon laptop MacBook Pro qui roule sous i7 quad core 2,8 ghz, 16 gigs de RAM et le OS et les applications sur SSD. Dans mon cas c'est une accélération de géant. On parle ici du temps pour des rendus 3D qui sont les opérations les plus lentes que je subisse ainsi que les exportations vidéo dans Premiere Pro.

Les comparaisons sont un peu boiteuses, j'en conviens, car on compare une solution clé en main dans un environnement UNIX versus une configuration modulaire sous Windows. Dans mon cas, j'ai tenté de projeter mes besoins dans les 5 prochaines années et quelle serait la solution la moins frustrante financièrement.

J'ai réussi à faire survivre mon dernier laptop de 2011 à aujourd'hui et je crois que je peux encore lui  extraire 2 années si je suis chanceux. C'est historique dans mon cas, moi qui remplaçait mes ordis aux 3 ans. J'ai pu le faire perdurer, car j'avais un laptop de la dernière génération où Apple permettait à l'usager de modifier le disque dur, le DVD, le RAM. J'avais acheté à l'origine un "gros" laptop et je n'ai eu qu'à le "booster" avec un SSD, un "clean install" de Os et plus de RAM. Par contre, pour le 3D et la vidéo, ce n'est pas suffisant étant limité par le GPU.

La nouvelle machine me fait faire un grand pas en avant, en particulier en 3D et en vidéo. C'est peut-être une erreur quant à l'environnement. Je gère des ordis sous Windows depuis 1987 et je survis. C'est une autre discipline qui a ses avantages et désavantages. C'est un peu plus de bricolage, mais plus de sous dans mes poches.

Apple n'a pas laissé le choix aux utilisateurs de haut niveau. Ceux qui ont trouvé le MacPro (la poubelle) dispendieuse n'avaient encore rien vu en comparaison avec les iMac Pro. Il fut un temps des belles tours en aluminium d'Apple avec plusieurs baies pour disques durs, des connecteurs PCI et tout le tralala professionnel. Pourquoi avoir fait disparaître ces ordis à géométrie variable qui s'adaptèrent aux besoins?

Le temps me dira si j'ai fait un bon choix. Depuis quelques mois, je suis satisfait. Peut-être qu'une autre configuration aurait été plus optimale. Chose certaine, c'était moins épeurant que d'acheter un iMac Pro. D’ailleurs, je n'ai pas encore rencontré quelqu'un qui en a acheté un.


dimanche 4 février 2018

Faire revivre George Hurrell en 2018

Négatif 5x7 test afin de trouver l'ISO et le temps de développement. photo Martin Benoit
Les étudiants m'ont proposé de faire une session de photo hollywoodienne à la George Hurrell dans le but de s'amuser avec la retouche négatif et la prise de vue à la caméra 5x7.

Cette demande fait suite à la présentation d'une machine à retouche négatifs Adams Retouching Machine. Je leur avais présenté cette belle pièce d'équipement afin de parler de retouches avant Photoshop. Il m'ont pris au mot et m'ont demandé de l'utiliser sur des portraits que l'on ferait d'eux.

Retrouver les conditions de travail de Hurrel en 2018 est un défi en soi. En commençant par trouver de la pellicule noir et blanc 5x7. J'ai dû faire venir de New York du film Foma de la République tchèque... Retrouver le Kodak Retouching Fluid qui servait à faire tenir le graphite du crayon de retouche sur le négatif. Retrouver des châssis 5x7, des supports de développement 5x7, une caméra grand format 5x7 et un objectif à portrait 5x7. Il faudra agrandir tout ça ensuite. Un agrandisseur 5x7, un porte-négatif 5x7 et un objectif pour agrandir qui couvre 5x7.

Merci à notre effort de ne pas tout jeter ce qui nous semble désuet au département. J'ai trouvé un appareil 8x10 avec dos réducteur 5x7, des châssis, supports, cuves, et agrandisseurs complètement équipés pour le 5x7.

L'éclairage de Hurrel est sa signature. Principalement des sources fresnel très contrôlées et toutes les sources complémentaires de l'époque. Hair light, kick light, back light. On se retrouve avec des compositions très statiques et qui imposent au modèle de ne pas varier sa position de tête au risque de détruire le papillon capricieux très souvent utilisé.

Nous ferons les prises de vues au milieu du mois de mars et documenterons le tout sur vidéo au cas où nous décidons de ne plus répéter l'expérience. Déjà la pléiade de tests requis est un peu essouflant. On espère créer ainsi une belle expérience de travail d'équipe et si nous sommes chanceux de belles photos.

mardi 9 janvier 2018

Les photos de l'Osstidcho retrouvées

Yvon Deschamps et Robert Charlebois le soir de la première de l'Osstidcho. photo Normand Grégoire 1968
Mon collègue Normand Grégoire, et recherchiste/collaborateur pour ce blogue, a photographié la première représentation de l'historique Osstidcho en 1968 au Théatre Quat'Sous le 20 juin 1968. Les 6 rouleaux de Tri-X étaient bien classés dans ce qui reste de ses archives. Normand avait 23 ans.

Dans la foulée du 50e anniversaire de l'événement, nous allons tenter de les diffuser de sorte à partager ces archives uniques.On y voit aussi un autre photographe et un preneur de son consciencieux qui occupent la place devant la scène.

Le photographe doit être Ronald Labelle, et le preneur de son, celui qui a réalisé une des bandes audio de la BAnQ.

Diffuser des planches contacts d'un photographe reste toujours un sujet délicat. Les planches contact ne rendent pas toujours justice du travail aux yeux du non initié. Les photographes sont souvent réticents à les diffuser et considèrent que c'est un outil de travail personnel.

Normand est disposé à en faire la diffusion ainsi que des numérisations corrigées des bonnes photos.

J'écoutais la récente diffusion des bandes audio retrouvées de l'enregistrement de 1955 des variations Goldberg par Glenn Gould et, c'est un fait documenté, Gould ne voulait pas que les prises non sélectionnées pour le matriçage final de l'album soient diffusées. Normalement, le studio détruisait les prises non utilisées. Gould étant mort et ces sessions étant devenus historiques, les musicologues ont débattu sur la pertinence de faire jouir le public des "erreurs" de Gould.

Nous nous retrouvons un peu dans une situation similaire avec Normand.

lundi 11 décembre 2017

Le E6 (développement des diapositives) se meurt

Séchoir de notre dernière développeuse E6. photo Martin Benoit Nikon D1
J'allais déposer 25 rouleaux de Fujichrome™ que mes étudiants avaient exposés, dans le dernier labo à Montréal qui développe encore du E6.

Je découvre à ma grande surprise qu'au Canada, il ne reste que Vancouver et Montréal qui ont encore les équipements professionnels pour ce procédé. Toronto expédie à Montréal ses développements...

Ensuite, il faut aller à New York ou Buffalo.

Kodak réintroduira son Ektachrome™ en 2018. Qui développera ces films?

Voici l'annonce officielle de Kodak.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le développement couleur, le procédé de développement utilisé aujourd'hui pour la diapositive se nomme E6. Ce procédé est le plus complexe et le plus délicat qui est toujours disponible. D'autres procédés, encore plus complexes, ont existé, mais ils se sont éteints il y a de ça plusieurs années.

En plus de nécessiter un bon investissement financier, maintenir une qualité de traitement avec un faible volume, tiens du miracle. À quoi bon utiliser un film merveilleux si son développement est erratique ou déficient?

Nous venons de recevoir une belle développeuse Jobo ATL-3 d'un organisme qui avait cessé de l'utiliser il y a de ça quelques années. Deux machines dans les faits. Une pour les pièces et une tonne de cuves et spirales. Cette philosophie de développement (ATL 3) permet de faire des développements complexes avec un investissement minimum et un maximum de qualité.

Qui fabrique et fournit encore ces développeuses et leurs pièces de remplacement?

Les grands manufacturiers de développeuses, Kreonite, Durst, Colex, Colenta, Technolab, Refrema, Hope, Autopan, Fujimoto, Kodak, Jobo et quelques autres, sont tous disparus et ne fournissent plus les pièces de leurs machines.

On me racontait les acrobaties qu'il faut faire afin de maintenir les développeuses opérationnelles... La photographie argentique est complètement à la remorque des manufacturiers. Ce n'est pas vrai que les enthousiastes de l'argentique fabriqueront leurs propres émulsions dans le futur. Et pourquoi les compagnies continueraient à fabriquer de l'émulsion si ce n'est pas rentable? Les Kickstarter de ce monde ont réussi à revitaliser certains produits dans une certaine mesure. De l'émulsion c'est pour les grands. C'est pourquoi peu de fabricants de films couleur ont existé. Ils se comptent sur les doigts d'une main. Le noir et blanc est plus simple, mais reste un marché restreint.

Il reste qu'à souhaiter que les fabricants meurent peu à peu de sorte à renforcer celui qui restera et en ressortira plus fort comme le roi de la montagne et qui pourra rentabiliser son industrie. C'est un peu ce qui est arrivé à Ilford après l'arrêt de Agfa et Kodak dans le marché du papier noir et blanc. Reste qu'Ilford n'a pas une plus grande gamme de produits, mais peut maintenir ses produits phares. Certains Européens obscurs sont réapparus. On pense à Foma et à Rollei. Vont-ils survivre?

Le site de B&H offre quatorze marques d'émulsions. Certaines peu connues et d'autres plus classiques. Ce n'est pas le cas de nos magasins canadiens qui, dans le cas du plus gros, en offre que six. B&H est une exception mondiale, c'est probablement le plus gros revendeur de la planète et il peut se permettre de maintenir un stock de films plus obscurs.

Au niveau de la photographie professionnelle, l'existence du film argentique a peu ou pas d'impact sur le marché. Au niveau culturel, c'est une porte d'entrée sur un geste et une attitude difficilement imitable en numérique. Le talent photographique ne tient pas à l'expérience argentique, mais sa pratique reste une aventure picturale fascinante qui s'enrichit de l'expérience numérique. Un geste mental qui suppose une prévisualisation du résultat et une plus grande sensibilité aux facteurs qui construisent une image. Je n'ai qu'à mentionner la température de couleur et le contraste de la scène originale. On se préoccupe de moins en moins de ces variables sachant que le format RAW ou la grande gradation de filmer S-Log à 15 crans de latitude, permettra de sauver presque n'importe quoi.

J'ai recommencé à enseigner la prise de vue et la chambre noire argentique depuis le départ à la retraite de mon collègue. C'est la notion la plus difficile à faire assimiler de prendre conscience au moment de la prise de vue du contraste originale de la scène et sa température de couleur. L'expérience de la prise de vue sur film inversible couleur remet les pendules à l'heure assez rapidement.

Pour ceux qui n'ont pas fait d'argentique depuis un moment, je recommande de vous acheter un 36 poses de chrome et d'en faire l'exercice. Essayez de prendre une vingtaine de photos intéressantes sur un 36 poses sans faire des fourchettes. On en sort que grandi.

À vos caméras.

samedi 25 novembre 2017

Le paradoxe de l'art en photographie

Puerto pavés, Instagram Martin Benoit
Rêvons un peu. Un monde sans art est assez ennuyant et mène vers une société en dérive tôt ou tard. Dans cette perspective, il appert normal que ce soit le gouvernement qui veille à la santé mentale de sa population en finançant l'art de la même manière qu'il finance la santé physique.

Dans les faits, il existe le Conseil des arts fédéral et provincial. Une déclinaison d'organismes publics et privés qui tentent de voir à la survie des artistes.

Dans les faits qu'en est-il de la situation financière de l'art?

Je m'arrête ici, car on parle évidemment de l'art photographique et comment en vivre en tant qu'artiste photographe au Québec en 2017.

Afin de "rémunérer" l'artiste, le gouvernement offre une protection via le droit d'auteur et les diverses ristournes et processus de défenses que le droit d'auteur représente. Ces mécanismes ne restent qu'un pis-aller pour pallier à la défaillance du gouvernement à nourrir l'artiste essentiel à notre société.

Une question se pose par contre: quels seront les projets/artistes financés par les deniers publics? Nous avons connu l'art de propagande de l'ère soviétique ou l'art religieux qui a fleuri dans les riches églises aux siècles passés. Il en fut de même pour le financement de la musique qui s'est souvent rendue à nous par le biais du financement religieux. Sans la religion ou sans les grandes dictatures, plusieurs formes d'art ne se seraient jamais rendues à nous. Il y a aussi tous ces inconnus qui ont manqué le bateau du financement des églises, dictateurs et mécènes. Ces illustres inconnus dont nous ignorons tout de leur art.

Dans la perspective où nous reconnaissons le besoin d'être entouré d'art pour notre santé sociale, devrions-nous financer l'art "populaire"? Celui que tout le monde aime d'emblée, et moins financer l'art marginal? Quels sont les véritables critères d'acceptation du Conseil des Arts? Ce que le Conseil des arts finance se retrouve-t-il facilement distribué et accessible à la population?

Notre société ne veut pas tuer les artistes, mais peine à les financer. Elle se fait une belle jambe avec ses organismes de financement qui théoriquement veille à la survie des artistes.Dans un siècle, quelle forme d'art aura survécu et atteindra les futures générations? Est-ce un indice de mesure de la qualité de l'art?

Est-ce que le travail d'Ansel Adams qui prenait ses fameuses photos de paysage pour le Sierra Club est de l'art ou du commercial? Est-ce que le commercial s'oppose à l'art? Alors, comment s'assurer de la survie des artistes en ces temps où l'on est exposé à environ 4000 photos par jour en moyenne? Quelle est la valeur sociale d'une photographie aujourd'hui? À en juger par la baisse de la valeur des photos dans les secteurs commerciaux, quel organisme sera prêt à verser des sommes significatives pour un projet photographique artistique?

Instagram et les appareils photo des téléphones cellulaires ont créé des artistes-photographes instantanés. Qu'en est-il vraiment?

Je crois que notre société actuelle occidentale basée sur l'offre et la demande n'est pas prête à assumer les frais qu'implique l'art. Les artistes sont donc confrontés à vivoter ou à "adapter" leur art à une profession qui leur permettra de s'exprimer un peu. C'est peut-être ce gauchissement de la fonction qui sera salvateur. On se souviendra des variations Goldberg qui n'étaient qu'un cahier d'exercices pour clavier destiné un étudiant de Bach selon la légende.