samedi 25 juin 2016

Le Hasselblad X1D, for the rest of us?

Andrew Trumbach et le Hasselblad H6D-50c, photo Martin Benoit
Photoservice présentait le nouveau Hasselblad X1D et le H6D-50c.

Le nouvel X1D serait le premier appareil de format moyen sans miroir à prix abordable.

Environ 10 k$ pour le « boitier » sans objectif.

Le représentant Hasselblad croit que ce sera l'amateur avancé qui sera ciblé par ce marché ou le professionnel déjà équipé d'H6D comme second boitier.

Malheureusement, le X1D n'était pas sur place et seulement des précommandes pouvaient être réalisées. Les spécifications étaient projetées sur un écran. Il semble qu'aucun appareil ne sera disponible avant la fin août.

Le X1D et le H6D partagent le même capteur et le même système d'exploitation du capteur. Le réprésentant Hasselblad, Andrew Trumbach (Regional Sales Manager - East Coast at Hasselblad Bron Inc) mentionne que le H6D produit moins de bruit à ISO élevé grâce à son nouveau capteur CMOS de Sony. Il utilise aussi les nouvelles cartes CF et SD. La caméra est connectée via USB3 et offre du WiFi pour effectuer certains contrôles. En gros, les avancements dans les appareils moyen format ne sont pas révolutionnaires. Même avec une possibilité vidéo de 25 ips en Full HD (et non pas 4k) et un touch screen, l'appareil n'est pas ne fait pas des pas de géants.

Le X1D prétend à une certaine révolution avec son système mirrorless sur capteur moyen format et un prix « réduit ». Le mirrorless le rend l'appareil le plus petit possédant un capteur de cette grande taille. De mon point de vue, c'est la façon dont Hasselblad à pu minimiser le « re tooling » pour tester le marché.

En comparaison avec les autres modèles de Hasselblad ayant un tel capteur, c'est une vraie aubaine.
Mais qu'offre vraiment cet appareil et comment se positionne-t-il dans la grande famille des appareils numériques?

Si vous fouillez le web, on vous dira qu'il permettra des très beaux hors foyers grâce à la taille du capteur. Petite question de prof de photo: à cadrage égal et perspective égale, quel objectif produira le hors foyer le plus important sur un arrière-plan donné? Une 50mm à f 1,4 sur un capteur 24x36 ou une 90 à f4,5 sur un capteur 44x33? Car, si c'est la faible profondeur de champ qui vous attire dans ce grand capteur, n'oubliez pas qu'il n'y a pas d'optique facilement obtenables qui ouvrent à plus de f2,8 pour ce genre de capteur, tandisque pour du 24x36 vous pouvez vous procurer une f1,4 pour beaucoup moins cher et des f1,2 et aussi f0,95 mais cette dernière à fort prix. À ma connaissance, il n'y a pas d'optiques vraiment lumineuses pour cette diagonale de capteur. Pour faire une vraie comparaison avec la 90 mm présentement sur le marché pour la XD1, il faudrait comparer avec une 68mm sur du 24x36 qui elle correspondrait à 1,6x la diagonale du capteur comme la 90 correspond à 1,6x la diagonale du capteur de la XD1.

De plus, ce capteur de 50 MP comment se compare-t-il aux 50 MP de la Canon 5DS ou R? Comment sa gradation se compare-t-elle au Nikon D810? Nikon aussi utilise des CMOS de Sony. La tendance était de comparer cet appareil avec la Sony A7r II en ce qui a trait à la taille, performance et optiques. C'est effectivement très similaires sinon mieux sous certains aspects.

Si on parle d'appareil compact, il faut bien prendre ses mesures et comparer l'appareil sous tous ses angles. Êtes-vous prêt à céder un viseur optique et tout ce qu'offre un HDSLR? Rafale, vidéo FullHD à 60 fps, grosse famille d'optiques avec des autofocus évolués, etc. Fait à remarquer, Hasselblad est très silencieux concernant la stratégie de compression de son format vidéo. Est-ce du 4-2-2, à quel bit rate?

Quand on investit aux alentours de 15 k$ incluant optiques et taxes dans un environnement, on s'attend à un retour de services et à une polyvalence. Je ne crois pas que cet appareil soit au rendez-vous. On dirait que c'est une stratégie similaire au Sony RX1 qui offrait le premier compact à capteur plein format (24x36) avec un objectif fixe. Ce que m'ont dit les magasins de Mtl, c'est qu'au niveau des ventes c'est un échec lamentable. Je ne connais personne qui a acheté un tel appareil et ce n'est pas que je ne fréquente pas du monde qui paie cher pour des appareils photo. C'est que le service rendu est trop étroit. Je dois avouer que je prévoie un tel résultat pour le XD1. Le gain du fait que c'est un plus grand capteur est minime. La faible profondeur de champ sera subtile, le gain en bruit, si existant, sera subtil (ce que l'on m'a montré du H6D, même capteur, est comparable au D810). Le 16 bits réel ne sert à rien si le signal original n'est pas hors pair. Des appareils 16 bits ça ne date pas d'aujourd'hui et il y a eu des fichiers très quelconques. Quatroze crans de latitude, c'est très près de la D810, qui selon DXO en produit 14,8...

Je prévois que l'appareil sera acheté par des amateurs avancés fortunés qui pourront vivre avec les limitations de l'appareil et n'auront pas à le rentabiliser. Pour le « rest of us », nous continuerons à exploiter les belles optiques à grandes ouvertures quand nous aurons besoin de faible profondeur de champ.

dimanche 19 juin 2016

Charles Gurd au McCord et Leica M4

"selfie" réalisé par Charles Gurd fourni par le Musée McCord
Rien de mieux qu'un architecte pour photographier la pertinence architecturale d'un lieu.

Le Musée McCord expose des tirages de prises de vues réalisées en 1974 par Charles C. Gurd, jeune architecte qui craignait la disparition de ces maisons cossues de Montréal.

Photographe autodidacte, Charles C. Gurd documente ce qu'il croit pertinent en terme d'éléments architecturaux de cette époque révolue de Montréal.

Les architectes ont souvent été intéressés par la photographie. On n'a qu'à penser au lège de Karl Blossfeldt qui a documenté des éléments végétaux afin de répertorier les formes géométriques de la nature.

Deardorff, le fameux fabriquant de chambres photographiques 8x10, avait souvent comme client des architectes qui documentaient leurs travaux ou encore leur environnement afin de mieux les comprendre.

L'exposition présente des tirages jets d'encres issus d'une collection de plusieurs centaines de négatifs 35 mm. Ces tirages jet d'encres ont été réalisés en slip toning (hautes lumières bleutées et ombres neutres) sur une imprimante Epson modifiée aux encres de Cone Editions. Le traitement est subtil et un peu détruit par la température de couleur de l'illumination tungstène de la salle d'exposition, qui, étant jaune, diminue l'impact par complémentarité des teintes bleutées des hautes lumières.

J'ai aimé rencontrer le photographe, qui fut aidé par Gabor Szilasi (ancien enseignant au dpt de photographie du CVM) pour sa série et discuter du "devoir" photographique de préservation que sa démarche représente.

L'élément qui me questionne est la mention, dans le cahier de presse, que les photographies ont été réalisées au Leica M4. De plus, lors de l'allocution aux médias, on a encore pris soin de souligner le fameux appareil. En aurait-il été de même si les photographies avaient été réalisées avec le superbe  Zeiss Hologon Ultrawide? Magnifique caméra 35mm équipée d'un grand-angulaire fixe hyper corrigé pour l'architecture? Je crois que non. C'est la marque Leica et le culte qui tourne autour de cette marque aujourd'hui qui semble avoir dicté ces mentions. Est-ce que les photographies auraient eu moins de valeurs au Nikon F ou au Pentax Spotmatic? Je dois avouer que ce genre de mention m'irrite. Elle indique, par contre, l'ère du temps où Leica représente un symbole, une démarche. Pour avoir fait de la photo dans les années 74 et avoir acquis mon premier Leica M4 en 1979,  je peux vous confirmer que beaucoup d'incapables possédaient de tels appareils, m'incluant dans ce lot...

lundi 6 juin 2016

Le CCA cherche photographe

source CCA


Le Centre canadien d'architecture est à la recherche d'une personne pour un poste contractuel en photographie à raison de 2 à 3 jours par semaine pour son service photographique.

Le travail consiste essentiellement à traiter des fichiers photographiques, assister le photographe permanent du CCA dans des travaux de prise de vues et à l’occasion réaliser soi-même des photographies d’objets, d'événements et d'expositions.

Outre une maîtrise de Photoshop, du traitement des fichiers bruts dans Camera Raw, la personne doit bien connaître le logiciel Lightroom. La personne doit avoir un très bon jugement afin d’ajuster adéquatement les images au niveau de la luminosité, du contraste, de la couleur, de la saturation, etc. La personne doit aussi bien connaître les tracés (Path) dans Photoshop, l’utilisation des masques pour le détourage et aussi les claques de réglages avec masques. La connaissance des imprimantes et des numériseurs est souhaitable. 

La disponibilité à  travailler la fin de semaine et le soir est nécessaire.  Enfin, la personne doit être bilingue.

Pour plus d'information et/ou envoyer votre CV, communiquez avec:

Elspeth Cowell
Chef, Services à la Collection et aux Programmes
ecowell@cca.qc.ca

samedi 28 mai 2016

McCurry, la confusion des genres et la c.t.v.

poster de l'expo McCurry sur la rue St-Laurent, photo Martin Benoit
Encore une fois, une polémique autour d'altérations de photos prises par Steve McCurry.

La NPPA a écrit un long article nuançant la question.

Il était à Montréal, la semaine dernière, pour l'ouverture de son exposition solo.

On ne parle que des altérations qui ont été découvertes sur des photos récentes. Un petit garçon a été retiré d'une de ses photos. Pour une raison esthétique?

Quoi qu'il en soit, McCurry est une icône du photoreportage avec, entre autres, le succès de la page couverture du National Geographic de 1985 illustrant une jeune fille afghane qui est utilisée pour le poster de l'exposition.

Est-ce qu'un photographe peut changer de chapeau? Est ce qu'un photoreporter peut devenir un photographe artistique, qui est "autorisé" à altérer ses photos une semaine et un photojournaliste la semaine suivante? Est-ce qu'un photographe est cloisonné par le succès d'une de ses photos, qui elle appartient à un genre spécifique?

Le problème est la confusion des genres. Si McCurry exposait que des photomontages d'apparitions de vaisseaux Star Wars dans des grandes villes européennes, sa position serait claire et il n'y aurait pas de confusion. C'est la notion de c.t.v. (convention tacite de vérité) qui pose problème. Quand on va voir une exposition de McCurry, on s'attend à voir du reportage vrai fait selon l'éthique de la profession. Dans le cas d'une telle expectative, il faut être clair et non ambigüe si on veut sortir de ce sentier.

La frontière des genres a toujours été un terrain dangereux. Pour certains, le plus intéressant, car il suscite l'interrogation chez le lecteur.

Il semble que McCurry soit confiné au statut de photojournaliste, qu'il le veuille ou pas. Qu'il se décrive comme un "story teller" ou non.

Un fait à remarquer est l'utilisation de la photo de la jeune fille afghane comme poster de l'exposition. Oui, c'est sa photo la plus connue qui attirera peut-être des acheteurs éventuels, mais c'est une page couverture du National Geographic que l'on a tendance à considérer comme un magazine qui rapporte la vérité. J'ai photographié les yeux sur le poster ce matin et si on compare cette "interprétation" des yeux de la jeune fille avec la page couverture de 1985, on peut encore constater des disparités importantes.

Pour avoir connu l'époque de l'édition et de la préimpression des années 85, je souligne que les photographes étaient très rarement impliqués dans les processus d'altérations d'images pour l'impression. C'était plutôt du recours des directeurs artistiques de la publication ou encore à la discrétion de l'opérateur de la station de séparation de couleurs. Nous sommes 6 ans avant l'introduction de Photoshop et ses équivalents domestiques.
comparatif entre le poster de mai 2016 et le cover de 1985

Il ne faut pas grande expertise en retouche électronique pour constater que les deux images sont différentes et je ne parle pas ici du contraste. La section inférieure est un détail du poster photographié ce matin à l'aide de mon téléphone et la section d'en haut est une photo du cover tel qu'imprimé sur ma copie du National Geographic de 1985. Un jour, il faudra voir le Kodachrome original.