dimanche 25 septembre 2016

Instagram et la photographie vernaculaire

Une photo publiée par Martin Benoit (@eddycurtis) le
Le Musée McCord a présenté une collection de photographies vernaculaires cet été.
Ce genre photographique, photographie du quotidien réalisée par des non professionnels, gagne en respect par les grands encanteurs mentionnait la conservatrice du musée, Hélène Samson. Par le fait même, elle mentionnait que le musée en archive déjà depuis quelques décennies ayant reconnu la valeur historique de telles images.

En cette ère d'Instagram, Flickr et Facebook, qu'est-ce que la photographie vernaculaire? Tout ça? Sommes-nous devant le plus grand catalogue jamais créé, portrait de notre société? Lors du procès impliquant le magazine Vice Versa et le photographe Gilbert Duclos, il avait été invoqué que l'on devait pouvoir autoriser la diffusion de la photographie de rue, car sinon, il se produirait un grand trou dans notre imaginaire visuel collectif.

Est-ce que tous nos disques durs d'archivages vont nous abandonner et  que tous les serveurs d'images vont planter? Peut-être que ces réseaux sociaux seront les archives de nos sociétés. Est-ce que quelqu'un voit à la conservation de ce "patrimoine" et est-ce que tout est valable?

Quel ratio de la photographie du quotidien a survécu depuis sa création au début des années 1900 avec les appareils Kodak faciles d'utilisation? Et quel ratio est accessible à la population aujourd'hui?

Peut-être avons-nous, pour la première fois, un accès public aux plus grandes archives sociales photographiques de la planète? Il ne nous reste qu'à télécharger et organiser. Comment pouvons-nous consulter cette énorme banque? Google Image est-il une solution?


samedi 10 septembre 2016

Représentations de Montréal par Guy Glorieux

source: Emmanuel Galland
photo extrataite de la série Montréal-Lith qui constitue un hybride argentique-numérique par Guy Glorieux
Après son exposition solo au Musée McCord en 2012, Guy Glorieux est de retour avec des sténopés, des tirages lithographiques et pour la première fois : des images numériques.

Le photographe Guy Glorieux est bien connu pour sa pratique grand format du sténopé : il présente cinq séries récentes et lance un livre à la Galerie Carte Blanche* (Montréal).
L'artiste n’a pas attendu le 375e anniversaire de la fondation de la ville de Montréal pour poser son regard sur l’île. Il s’y emploie depuis plusieurs décennies.
Effectivement, la métropole québécoise est son sujet de prédilection : pris à partie par mille points de vue éternellement renouvelés.Avec cette nouvelle exposition et ce livre, le photographe fait le point sur ses différents mode de représentation de la ville : oui, bien sûr avec la pratique des sténopés qui ont fait sa réputation, mais aussi avec l’expérimentation par révélateur lithographique et un pied dans l’image numérique.

Vernissage et lancement du livre :
mercredi 14 septembre de 17 à 20 h
Guy Glorieux : « Une Ville – Sténopés et autres photographies »
Du mercredi 14 au lundi 19 septembre 2016
Ouvert tous les jours de 12 à 20 h
Galerie Carte Blanche
1853, rue Amherst (angle Ontario) – Montréal
Renseignements : 514 272-2556

jeudi 8 septembre 2016

Retour aux sources argentiques

Une photo publiée par Programme de photo au cvm (@photocvm) le
De plus en plus de photographes de divers secteurs ajoutent à leur pratique la photographie argentique.

En ces temps de développement technologique où les appareils atteignent des sommets technologiques rêvés, quelle est la pertinence d'un tel retour?

La NPPA (National Press Photographer Association) mentionnait cette semaine l'expérience de Chip Litherland qui utilise du film périmé pour compléter certaines de ses affectations.

Dans le secteur de la mode, il semble que, particulièrement en Europe, certains photographes commencent ou continuent à offrir des services argentiques.

Pour ma part, je recommence à enseigner l'initiation à la photographie argentique en remplacement de mon collègue qui vient de prendre sa retraite. Pourquoi s'investir dans une telle technologie en 2016? Force est de constater qu'en trois années de formation, la maîtrise de l'exposition et du rapport d'éclairage n'est pas aussi bien assimilée qu'à l'ère argentique ou $ et temps imposaient de comprendre un peu plus rapidement.

Les outils de validation du contraste et de l'exposition sont si performants aujourd'hui (histogramme en temps réel) qu'il est triste de faire ce constat. C'est une généralisation, évidemment il y a toujours des étudiants qui ont bien compris les enjeux en cause et qui éclairent et exposent parfaitement. La rétroaction de l'écran étant bienvenue, elle peut devenir un couteau à double tranchant si elle devient une béquille.

Le second volet des grandes différences entre les deux démarches est la question de la prévisualisation. En argentique on est souvent forcé à prévisualiser le résultat n'ayant pas la rétroaction de l'écran. Cet effort supplémentaire peut, dans certains cas, mener vers une cogitation supplémentaire avant de déclencher l'obturateur. Vous remarquez peut-être que je ne fais que des généralisations et non pas des règles ou dogmes de ces attitudes.

Mon intérêt réside principalement à développer ce muscle qui peut devenir atrophié si on se rabat vers le bas prix des prises de vues en numérique et la rétroaction du moniteur arrière. Je découvre aussi que le travail en laboratoire nécessite une certaine dextérité manuelle que j'avais oubliée. Certains étudiants maîtrise cette dextérité très rapidement et d'autres moins rapidement et ce peut être décevant pour eux qui sont rendus en 3e année et découvrent qu'ils ont encore quelques croutes à manger.

Je reste fasciné par la fébrilité qu'ils ont à faire de la chambre noire et j'espère que cette excitation les suivra dans leur mémoire ou dans leur pratique.



jeudi 1 septembre 2016

1/5 sec, f1,4 en noir et blanc remporte le Worl Press 2016

©Warren Richardson, Hope for a New Life
6400 ISO, F1,4, 1/5 sec 24mm, 5D mkII. Régler votre appareil à ces paramètres et regardez combien la scène doit-être sombre pour correspondre à cette luminosité.

C'est très, très, très sombre. Ce n'est pas la levée du jour ou la tombée du jour, c'est la nuit et la seule lumière qui doit illuminer la scène est quelque forme de source artificielle, soit très faible ou très loin.

C'est le résultat d'une tentative risquée de faire passer un enfant à un réfugié syrien qui lui est déjà de l'autre côté du barrage sécurisé. L'espoir d'une meilleure vie.

C'est la photo de l'année du Worl Press 2016. En général, je suis toujours méfiant de l'usage du noir et blanc en 2016, en cette ère de photographies numériques où le noir et blanc est un effet même si vous possédez un Leica monochrome. Ça reste un choix. Dans ce cas, j'imagine que le fichier original est plein de bruit et affiche une dominante colorée qui ne correspond pas à ce que l'oeil percevait, par une si faible luminosité. L'oeil utilise ses bâtonnets pour lire la lumière en faible éclairage et la vision est quasi monochromatique. L'usage de la couleur aurait aussi été un "effet". C'est probablement un cas où l'usage du noir et blanc évite de nous distraire du bruit de la caméra et toutes les erreurs techniques que font les capteurs et nous concentre plutôt sur l'histoire.

En tant que père et grand-père, je peux m'identifier à cet homme, son regard et l'extrême gravité de la situation. Un jour cet enfant aura grandi et il verra cette image et il comprendra que sa vie a été déterminée à ce moment. Cette photo résume mieux le drame d'un conflit que la vision d'un mur criblé de balles. J'aurais aimé faire cette image, mais je n'aurais pas aimé être témoin de ce désarroi humain, car il semble que tous n'ont pas franchi ces barbelés.

samedi 13 août 2016

Potluck World Press date limite vendredi 19 août midi

source: World Press Montréal
Magnus Wennman - Gagnant du World Press Photo 2016 - catégorie "Portrait"


Nous sommes heureux d’inviter les photoreporters et photojournalistes du Québec à nous soumettre un portfolio de dix images, et ce, en vue d’être sélectionné pour participer au premier potluck du World Press Photo Montréal, événement organisé le lundi 29 août prochain, dans le cadre de la 11e édition du World Press Photo,  exposition présentée cette année du 31 août au 2 octobre.

Lire la suite

vendredi 5 août 2016

L'engouement pour les 30-35 mm

Club Soda 2007, 30mm Sigma sur Canon 20D, photo Martin Benoit
Depuis les deux, trois dernières années, un objectif à posséder est une 35 mm fixe.

Si l'on mesure le grand succès de la 35 mm Art de Sigma, on peut conclure à un essor de cette longueur focale. Tant la 35 mm f1,4 série L de Canon, que la EX de Sigma, les 35 mm ont la cote.

J'ai l'impression que tout ça a commencé avec la Sigma EX 30mm f 1,4 asphérique. C'était il y a plus de 9 ans quand le format plein capteur n'avait pas encore pris son envol. Sigma avait développé cet objectif afin d'offrir une "normale" performante à pleine ouverture pour les capteurs APS-C (petits capteurs).

Si vous possédiez une Canon 7D et vouliez un objectif "normal" performant, peu vous était offert. Oui, Canon avait sa 35mm f1,4 série L, mais à 2000$ ça faisait réfléchir... La Sigma coutait un peu plus de 475$ et, dans les faits, se comportait mieux à pleine ouverture due à son élément asphérique.

Aujourd'hui, Canon à mis à jour son objectif en créant la version II (2600$) devant la compétition. Sigma a fait de même avec sa version Art à 1200$. Ça reste la moitié du prix.

Pourquoi cette focale a tant gagné en popularité? Dans le cas des 35mm, plusieurs ont découvert qu'en vidéo sur capteur APS-C ça faisait une excellente normale avec de beaux hors foyer à pleine ouverture. Sous plein format, 35mm est à peu près la focale la plus courte qui ne dérangera pas le spectateur par ses distorsions latérales. Un objectif polyvalent finalement.

En photographie "fixe", par opposition à de la vidéo, 35mm est une focale qui est souvent plus narrative qu'une normale en contextualisant davantage les sujets sans pour autant créer un effet spécial notable, que les très grands-angulaires ont souvent tendance à créer (vertiges, perspectives exagérées, etc). Le commun des mortels n'identifie pas la présence d'un grands-angulaire, mais par contre, il se sent plus "impliqué" due à la proximité imposée par l'objectif.

Ma première 35mm a été une Hanimar f2,8. Je crois avoir payé autour de 30$ au milieu des années 70. Un objectif japonais à une époque où Made in Japan équivalait à Made in China aujourd'hui. Un objectif que j'ai peu utilisé rêvant toujours d'un champ plus large jusqu'au jour où je me suis procuré une 28mm f2,8 comme un grand garçon. J'ai fait mes quelques photos grand-angle et je l'ai finalement échangée contre une canne/siège pour regarder les matchs de polo avec classe...

Il m'a fallu encore une dizaine d'années afin d'apprivoiser les 28 mm et c'est l'Elmarit f2,8 de Leitz pour Leica, qui m'a le plus rendu service.

De retour aux 35mm, ma 35mm EX Sigma est probablement l'objectif que j'utilise le plus depuis les cinq dernières années. Si je devais partir en voyage et n'apporter qu'une focale fixe, je crois bien que ce serait celle-là considérant le genre de photographe que je suis.

jeudi 14 juillet 2016

Le hdr en voie d'acceptation?

La première fois que vous avez vue une prise de vue réalisée en hdr, vous avez probablement été
Quotidien de Londres, photo Martin Benoit
impressionné et vous vous êtes dit que ça ressemblait à une peinture. Si ce n'est pas votre cas, c'est mon cas.

Le choc passé, c'est devenu un effet et quelque chose que souvent les amateurs font pour rendre intéressante une photo qui ne l'est peut être pas.

J'ai été sur le jury de la SPPQ ( société de lpromotion de la photographie du Québec) il y a quelques années et j'ai été surpris de constater la popularité du hdr chez les membres des divers clubs photo. Peut-être, que depuis l'avènement d'outils automatisés pour en réaliser, l'engouement s'est répandu.

L'été dernier, je remarquais que dans certains journaux britanniques, presque toutes les photos étaient traitées en hdr au point où les gens représentés semblent mal propres aux cheveux couettés.

Pourquoi, souvent considérons-nous le hdr comme un effet plutôt qu'une réalité?

Les bons appareils photo enregistrent maintenant plus de quatorze crans de latitude. Ce quatorze crans aurait été un rêve à l'époque de l'argentique où un bon film diapositive nuançait de 8-9 crans.
La façon dont un film argentique étalait l'information (sa gradation) reste encore notre référence de ce que doit être une image sans « effet ».

Le peintre n'avait pas cette contrainte, la peinture ayant été pratiquée longtemps avant la photographie. Le peintre s'installait devant sa scène avec ses yeux et ses pigments et tentait souvent de reproduire ce qu'il voyait. Dans ce processus, il décrivait les hautes lumières avec le détail que ses iris contractés lui permettaient de voir et les ombres avec le détail que ses iris plus dilatés lui transmettaient. Du hdr avant le temps.

La bonne photographie couleur diapositive ou négative à sa propre courbe de reproduction à laquelle nous nous sommes accoutumés durant les 70 ans de photographie couleur argentique. En gros, les ombres bouchent assez rapidement et les hautes lumières sont compressées et finissent par cramer assez rapidement. Les manufacturiers ont ajusté la courbe de reproduction pour les tons moyens de sorte à bien reproduire les tons de peau en terme de perception du contraste. La courbe de reproduction est en forme de "S" fidèle (linéaire) autour des tons moyens.

Depuis les dernières années, avec l'amélioration des capteurs, on commence à accepter des ombres moins bouchées et plus texturées. On reste encore assez craintifs à vraiment ouvrir les ombres et texturer les hautes lumières, même si notre appareil peut le faire, de peur de donner l'impression de faire un effet.

Dans certains domaines, comme la photographie architecturale, c'est plus accepté, mais ce n'est pas encore la norme dans tous les secteurs. C'est selon moi un reliquat de l'argentique, qui à travers les années, a instaurer un standard de ce qu'est une gradation « normale ».

Mais pourquoi collons-nous à ce standard quand ce n'est pas « normal », ce n'est pas ce que l'œil voit, ni ce que l'appareil photo voit? Est-ce que les peintres hyperréalistes ont plus raison? Il y a même un mouvement en peinture hyperréaliste qui imite les défauts de la photo argentique.

Sommes-nous prêts à trouver normales des photos à grandes gradations?

J'étais aux Îles de La Madeleine cet été et j'étais impressionné par la saturation des couleurs causée par l'absence de pollution à laquelle je ne suis plus habitué. J'essayais de visualiser la photo qui rendrait justice à ce que je percevais et probablement on aurait dit que c'est exagéré, trop saturé et avec trop de détails.

Le problème avec le hdr c'est souvent la surutilisation de l'accentuation qui elle n'est ni perçue par l'oeil ou l'appareil mais qui donne une impression de définition à caractère artistique.

Modifier les normes de ce qu'est une photo normale est un long processus social et culturel finalement.