dimanche 16 avril 2017

La démocratisation de la résolution

Publicité d'époque d'un Calumet
L'accès à la haute résolution tarde à se démocratiser. Contrairement à l'époque argentique, l'accès à de la haute définition à un fort prix depuis les années 2000.

À l'époque de l'argentique, tous savaient que si ils achetaient une pellicule au grain fin et que s’ils utilisaient une ouverture de diaphragme optimale (souvent f8), ils auraient accès à plus de détail à faible coût. De plus, les pellicules à plus haute définition n'étaient pas les plus dispendieuses. C'étaient souvent les très hauts ISO qui dominaient les coûts élevés des pellicules.

Quand nous étions étudiants, nous avions tous constaté que même le plus mauvais appareil 4x5 (les Calumet) équipé de très mauvais objectifs (Ilex 135mm) produirait un négatif gorgé de détails inatteignables avec la meilleure pellicule et le meilleur objectif pour appareil 35mm.

Un Calumet monté d'une Ilex ou une Schneider Xenar valait environ 160$ au milieu des années 70 (prix payé par le cégep du Vieux Montréal en 1972) quand un Leica M4 monté d'une Summilux 50 mm valait autour de 625$ (selon le catalogue Zodiac photo de 1970). Une simple feuille 4x5 de Plus-X (125 ISO) développée dans du D-76 livrait plus de détail que le meilleur Panatomic-X (32 ISO) développé dans du Rodinal (un excellent révélateur à grain très fin).

Aujourd'hui, pour faire un gain de résolution, il faut sortir les gros dollars. Doubler la résolution d'une Canon 5D mkII (21 MP) nécessite  d'aller vers un appareil de 84 MP. Façon élégante de dire qu'il faut aller vers les dos numériques moyen format des plus haut de gamme. On parle d'un dos de 80 MP sans boîtier et sans objectif d'environ 48k$ avant taxes.

Est-ce si important la résolution? Vivons-nous bien et pouvons-nous offrir les services qui nous sont demandés avec un appareil de 20-40mp pour moins de 4k$? Probablement que oui, pour la grande majorité des affectations qui nous sont proposées. Il y a quelques fois des affectations qui requièrent de plus hautes résolutions ou des marchés qui sont susceptibles d'exiger davantage (la mode, la photo industrielle). Dans ces cas, il est toujours possible de ne pas investir et louer l'animal à haute résolution, mais si votre marché est redondant, la location n'en vaut peut-être pas la chandelle.

Existe-t-il des solutions bon marché pour obtenir de la très haute résolution, comme le Calumet était une solution bon marché? Il faut se souvenir qu'il y avait des appareils et des optiques beaucoup plus chers, mais pas dans les proportions d'aujourd'hui avec l'absence de pérennité que l'on connait aux appareils. De plus, un bris n'a pas les mêmes conséquences financières sur un dos numérique Phase One que sur un Sinar P.

Dans plusieurs cas, l'option de coudre (stitcher) différentes prises de vues peut constituer une solution qui, à peu de frais, permettra d'additionner la résolution d'un appareil à moindre résolution pour obtenir une résolution finale acceptable. La contre partie sont les limites imposées par cette approche concernant les sujets en mouvements. Les logiciels d'assemblage de fichiers s'étant beaucoup améliorés, c'est souvent une option acceptable même avec des sujets dits mobiles comme des humains. Une photo d'un large groupe peut souvent être reconstruite en postproduction au besoin. Par contre, on ne peut imaginer une session de 300 prises de vues de mode faite en exposition multiple.

On est capable de fabriquer des pixels de très petites tailles qui produisent des images acceptables. On n'a qu'à penser à la gamme d'appareils intermédiaires de 24mp sur capteurs de taille APS-C. Les pixels ont environ un espace de 4,2 microns de large qui leur est réservé. Déployer de tels pixels sur une plus grande surface du genre 6cm X 4,5cm et vous obtenez un dos de 153 MP. Vous achetez un vieux Hasselblad, Mamiya, Bronica, Contax, etc. au marché aux puces et vous voilà propulsé dans la haute résolution.

On ne verra jamais ce jour ou pas de si tôt à des prix réalistes pour les photographes. De même, ceux qui attendent les capteurs 4po x 5 po attendent encore et attendront longtemps. On verra plutôt la taille des pixels diminuer et s'accumuler sur de plus petits capteurs afin d'augmenter la résolution totale au prix de la gradation et du bruit, mais les progrès de la chimie et des algorithmes compenseront ses failles de sorte à produire des fichiers acceptables et la course aux méga pixels s'estompera. Il arrive un point où avoir plus de pixels n'est pas nécessairement une panacée à tous les maux.

Rien n'indique que les coûts associés à produire une grande surface de capteur baisseront. Le besoin n'est pas vraiment là et les problèmes sont multiples du point de vue industriel.

Comme à l'époque de l'argentique, le photographe devait décider quel type d'appareil à quels coûts et concessions il devait utiliser. Refuser à l'occasion une affectation ou se retourner vers la location est toujours une solution. La différence avec les temps modernes du numérique est que les implications financières sont proportionnellement plus élevées. C'est pourquoi qu'avant de s'attaquer à des marchés qui requiert de la haute résolution, une projection financière du potentiel du marché est importante afin de ne pas hypothéquer son existence future, comme plusieurs ont fait dans les années 2000 et sont restés amers.

Les jours s'annoncent moins sombres avec les progrès technologiques et la baisse des coûts. Le défi reste plus à maintenir un marché et des prix raisonnables compte tenu de la nouvelle compétition. Le professionnalisme et la qualité des relations clients seront, selon moi, la clé du succès dans un proche futur. Certains marchés devront être abandonnés et laissés aux utilisateurs improvisés ou fruits de la démocratisation.

mercredi 29 mars 2017

Marché aux puces photo en fin de semaine

À qui la chance cette fin de semaine pour le deal de vos fantasmes photo?

Appareil rétro ou babiole ésotérique.
Beau Nikonos-V parfaitement fonctionnel payé 40$. photo Martin Benoit

Des fois on trouve des trucs pas très utiles, mais très beaux et mystérieux comme cet excellent Nikonos-V acheté 40$. L'année suivante j'ai trouvé le flash SB-101 conçu pour s'adapter à l'appareil et aller sous l'eau.  Maintenant il me reste juste à aller sous l'eau me filmer avec ma GoPro faire des photos argentiques sous l'eau...

C'est un excellent appareil terrestre. Un peu ostentatoire, mais tellement silencieux.

Le truc dans un marché aux puces, c'est d'arriver avec un esprit ouvert ou d'arriver avec quelque chose de très spécifique en tête avec un montant maximum prédéterminé. Si vous trouvez votre truc pour le prix que vous vous étiez fixé, vous êtes gagnant.

Coordonnées du Montreal Camera Show de ce weekend.

dimanche 19 mars 2017

Platon sur Netflix


Pour ceux qui n'ont pas encore visionné l'épisode portant sur Platon, voici la bande-annonce.

Ce que j'ai retenu de cet épisode, c'est la recherche en préproduction sur le sujet à photographier.

Ne pas regarder les photos qu'on réalise durant le shoot. C'est beaucoup plus facile en argentique qui nous l'impose.

Travailler la géométrie des images.

Au niveau du contrôle microprécis du sujet, c'est un style et ce n'est pas mon style, même si je m'y prête à l'occasion.

Étrangement, j'ai toujours eu de la misère avec la posture tête baissée qu'un viseur poitrine impose. J'ai l'impression de ne pas m'intéresser au sujet en ne le regardant pas vraiment. Peut-être que ça lui impose de regarder dans l'objectif et que ça le détend un peu.



À voir.

samedi 11 mars 2017

Les Chinois achètent Hasselblad

photo Martin Benoit
Il semblerait que le manufacturier de drones chinois DJI posséderait une quantité majoritaire des parts de la Suédoise Hasselblad.

Ce ne sera pas la première fois qu'un fleuron suédois sera acquis par les Chinois. Volvo, le fabricant de voitures est déjà aux mains des Chinois depuis une dizaine d'années.

Pas de problème avec les Chinois. Ils fabriquent les iPhone et les MacBook Pro que plusieurs d'entre nous apprécient depuis des années. Je ne parle pas ici d'une multitude d'excellents produits encore méconnus ici et qui deviendront des produits phares bientôt pour ne citer ici que l'excellent manufacturier de microphones SE Electronics.

Hasselblad a flirté avec les Asiatiques depuis belle lurette. Leur appareil panoramique X-Pan était un appareil Fuji étiquetté Hasselblad. Leurs fameux objectifs Carl Zeiss, qui ont fait leur renommée, sont maintenant étiquetés "Hasselblad", qui sont, semble-t-il des objectifs produits par Fuji Japon depuis plusieurs années. Personne ne s'est plaint de la qualité des objectifs.

Oui, Zeiss est responsable d'importants progrès dans l'avancement de l'optique, mais ils ne sont pas les seuls à bien travailler et faire du bon travail. 

Quelles seront les conséquences de cette influence chinoise? Peut-être que cette acquisition permettra tout simplement à la compagnie, qui fabriqua l'appareil photo qui alla sur la Lune, de survivre. Certains disent que DJI et Hasselblad vont bien ensemble, car ils sont à la recherche de solutions en photographie aérienne. C'est un peu simplifier l'histoire de Hasselblad. Victor Hasselblad, qui était un passionné d'ornithologie (étude des oiseaux), a cherché des solutions moyen format à ce genre de "sport", quand les autres fabricants négligeaient cet aspect.

Personnellement, je n'ai jamais été très impressionné par les résultats de ces caméras même si j'ai souvent rêvé d'en posséder. Les performances optiques étaient en général au rendez-vous, mais la surface film était insuffisante, considérant que le format carré 6x6 était peu en demande, à l'exception du secteur de la musique, qui en avait besoin pour ses pochettes de disques 12pox12po. Dans les faits il fallait "cropper" les formats 6x6 pour la majorité des projets. Ça explique un peu le succès des Pentax 6x7, Mamiya 67 et ses confrères. Le format 6x7 et plus grand, exploitaient mieux la surface du "capteur" que le 6x6, même si les optiques n'étaient pas parfaites. La surface film compensait.

L'important, c'est que la recherche continue et que les produits s'améliorent pour notre bénéfice à nous les photographes. Qu'il coule du sang bleu et jaune dans les veines des actionnaires m'importe peu dans la mesure où on est toujours à la recherche de solutions pertinentes pour les photographes, qui ultimement, décideront de la survie de ce produit.

jeudi 23 février 2017

Vendre ou ne pas vendre de licences d'utilisation

Hier soir avait lieu un débat d'idées sur: doit-on, oui ou non, vendre des licences d'utilisation de nos photos?

À cette fin, deux invités aux points de vue divergents avaient été invités. Pierre Manning du côté du oui et Gabriel Rancourt du côté du non.

La grande salle était bondée. Bondée de partisans du oui ou du non?  Je ne saurais dire, car, si je me fie aux intervenants qui sont venus s'exprimer au microphone, j'opterais pour une grande majorité en faveur du oui, mais quand j'écoute les discussions des silencieux, je n'en suis pas si certain.

La question est complexe et historique. Plusieurs se sont battus des années durant pour changer les moeurs chez les acheteurs de photo de sorte à reconnaitre les licences d'utilisation. Simultanément, le marché de la photographie a été inondé de "néo-photographes improvisés" non éduqués en matière de licences. Ce nouvel équilibre entre l'offre et la demande et, la perception, de la part des acheteurs, que la photographie est dorénavant (à cause du numérique) une opération simple et ayant peu de valeur cré une grande pression financière sur une majorité des membres de la profession.

Les diverses stratégies de marketing pour survivre dans le milieu sont très variées. Comment contrer cette dévaluation du marché et cette sur enchère de photographes? La grosse question est vraiment celle-là selon moi. C'est l'éléphant blanc dans la pièce qui a hanté les discussions hier soir.

Le paradoxe angoissant pour un photographe est: dans quelle mesure dois-je éduquer mon client a accepter une licence et prendre le risque de l'"aliéner" de ses images et lui donner l'impression que je lui mets une corde au pied versus ne pas vendre de licence et maintenir une relation "paisible" avec le client au risque de perdre de l'argent dans le futur et contribuer à semer dans la tête du client que les licences c'est le "caprice" de certains photographes. Ce paradoxe mérite discussions et hier soir était une de ces rares occasions où les points de vue ont tenté de se confronter.

Merci aux organisateurs de cette rencontre sur un sujet si sensible au sein de la communauté. Merci à Gabriel d'avoir eu le grand courage de se présenter en défenseur du non et merci à Pierre pour sa courtoisie et son respect dans un contexte où le dérapage est facile. Les non adhérents à la licence peuvent être considérés comme des parias par les adhérents c'est pour ça que la situation était délicate. Je n'ai qu'un bémol envers le déroulement de cette soirée historique, j'aurais aimé que l'animateur de la discussion interdise aux participants d'applaudir afin de maintenir le décorum, de sorte à rester accueillants envers les points de vue divergents. Je ne suis pas certain qu'un partisan du non sentait qu'il pouvait présenter son point de vue ou ses interrogations sans se sentir très jugé. Une vraie discussion nécessite une plateforme où tous les points de vue sont accueillis avec respect.

Ce débat fait partie d'une plus grande problématique qui est celle de la grande mutation du marché de la photographie professionnelle depuis la démocratisation que le numérique a créé. Oui, la CAPIC avait amorcé sa démarche à faire respecter les droits d'auteur des photographes avant la venue du numérique, mais la situation s'est aggravée en 2000 lors de l'explosion du numérique. Nous ne sommes pas les seuls à vivre cette révolution. Le marché mondial de la photographie commerciale le subit. Il y a des gagnants et il y a des perdants. Pour les bonnes et pour de mauvaises raisons à l'occasion. Ne voulant pas faire de l'aplaventrisme devant les changements sociaux, il reste qu'il faut reconnaitre que ce n'est pas toujours le talent qui gagne et que dans une société de marché, c'est souvent la règle de l'économie qui mène plutôt que le respect et la logique financière à long terme.

dimanche 12 février 2017

Capsule vintage sur les chambres noires #2. Le transfert Polaroid


Les transferts Polaroid furent très populaires durant les années 90.
Ils furent utilisés à toutes les sauces, de l'expression artistique aux publicités.
Au Vieux on en avait tellement vu que nous avions fini par référer à cette technique comme étant des "chiures Polaroid". Pour vous dire que la modération a bien meilleur goût...

C'était une forme d'Instagram de l'époque qui permettait à une photo d'exciter l'imaginaire par ses textures uniques.

Cette captation, que j'ai retrouvée dans mes archives vidéos, a été filmée en format Beta1, transférée en VHS plus tard avec une nouvelle piste audio pour des raisons dont je n'ai plus l'explication et ensuite encodée en miniDV...

C'est compliqué préserver ses divers médias.


samedi 4 février 2017

Capsule vintage sur les chambres noires, numéro 1

Voici une captation réalisée en 1998 afin de présenter aux étudiants diverses configurations de chambres noires domestiques.

C'est la version 1998 de ma propre chambre noire. Nous avions documenté trois types de chambres noires avec divers niveaux de sophistications. Ma chambre noire correspond au niveau intermédiaire.

Quand j'obtiendrai l'autorisation de diffuser les deux autres chambres noires, je les mettrai en ligne.

À l'époque, nous essayons de convaincre les étudiants que l'on peut faire beaucoup avec peu et que ce n'est pas toujours très compliqué de se faire un petit coin agréable. Nous avions documenté une chambre noire de base réalisée par des étudiants, la mienne et celle d'un de mes collègues, qui lui, à construit une chambre noire à grand déploiement qui peut agrandir du 8x10 et imprimer de la couleur.

En cette ère de vidéos DIY (Do It Yourself) sur YouTube et de solutions bon marché, il me semble pertinent de raviver cette flamme que l'important c'est de faire des images et d'expérimenter même si l'environnement de travail ne correspond pas toujours aux belles images des beaux bouquins (sites web) de photo.

Mon défunt papa avait grandi dans l'entre guerres où les solutions de bricolages étaient mises de l'avant et faisaient partie du quotidien. Ceux qui se souviennent des magazines américains Popular Science, Popular Science et français Systeme D, se remémoreront toutes les astuces qui permettaient de se fabriquer simplement les appareils qui auraient pu sembler inabordables autrement.

Curieusement, ma plus grande difficulté a été de retrouver un bon lecteur SVHS qui fonctionnait bien... Que l'on soit en numérique ou en analogique la question de la pérennité des médias reste toujours.

jeudi 12 janvier 2017

Ce soir, lancement du bouquin d'Yan Giguère au Centre Clark

source Emmanuel Galland

Lancement montréalais de la publication de Yan Giguère
Jeudi le 12 janvier 2017 à partir de 19 h au Centre CLARK
5455, avenue de Gaspé - Suite 114 [www.centreclark.com]

Publication monographique produite dans le cadre de l’exposition Yan Giguère, Croisements présentée en 2016-2017 au Musée d’art de Joliette (commissaire et conservatrice : Marie-Claude Landry).
Direction de la publication : Yan Giguère
Auteurs : Sylvain Campeau, Marie-Claude Landry, Valérie Litalien.
Textes en français et en anglais.
Photographies couleur et noir & blanc
Conception graphique : Jean-François Proulx – Balistique
260 pages.
Tiré à 500 exemplaires
Éditeur : Musée d’art de Joliette
www.yangiguere.comwww.yangiguere.com
www.museejoliette.org/fr/expositions/yan-giguerewww.museejoliette.org/fr/expositions/yan-giguere

dimanche 8 janvier 2017

Whiskey, Tango, Foxtrot

Whiskey Tango Foxtrot, ce film sur la photographie en zone de combat disponible sur Netflix a été produit en 2015.

Une vision qui me semble un peu romantique des problématiques de terrain. Le film est classé comédie et il faut le voir comme ça.
photo fournie par Paramount Pictures

Quelle est la conclusion de ce film? Une reporter a une attitude téméraire ou naïve du terrain et devient cynique?

En attendant le fameux film de Spielberg, It's What I Do,  sur Linsey Addario, qui devrait sortir bientôt, on devra se rabattre sur d'autres héros photographes.

À mon avis, dans le domaine de la fiction, la meilleure réflexion sur le sujet a été faite par Erik Poppe avec le film 1000 Times Good Night, mettant en vedette l'excellente actrice Juliette Binoche. Ce film qui a été lancé, entre autres au festival du film de Montréal, et ne semble jamais avoir été distribué ici. Il a par contre remporté le prix spécial du jury en 2103.

Le réalisateur, lui-même photographe de guerre, a décidé de raconter son histoire en inversant les sexes des protagonistes.

Une réflexion complexe avec une conclusion troublante.