jeudi 10 janvier 2019

Notre substance ce sont les bytes

À une certaine époque, notre substance c'était la pellicule. Dans le cas de certains, les tirages étaient plus significatifs que les négatifs, pour d'autres les négatifs ou les "transparents" (diapositives) le corpus même de leur carrière.

De nos jours, notre "substance" sont des bytes éparpillées sur divers supports physiques et d'autres, moins physique quelque part dans un nuage.

Qu'en est-il de la pérennité de nos corpus? Moult discussions sur le sujet ont spéculé sur cette question en allant du fameux CD-Rom plaqué or de Kodak aux différentes solutions RAID.

Personne n'a de boules de cristal de sorte à prévoir le futur et quel support, virtuel ou physique, archiveront nos productions.

Je possède encore mes premiers disques durs de mon premier PC de 1986. J'ai toujours eu de la misère à les jeter ne sachant pas exactement ce qui s'y trouve. Je peux toujours lire mes disques de technologie SCSI et mes IDE. Je suis peut-être chanceux. J'ai transféré leur contenu sur des disques modernes de technologie SATA. Le transfert de support semble être une bonne précaution en numérique, car les générations ne dégradent pas le contenu contrairement à l'argentique qui endure mal les générations.

En essayant d'éviter d'acheter les Mac de dernières générations (iMacPro) j'ai analysé leur technologie et mes besoins et j'ai tenté de me construire une machine Windows qui remplirait mes besoins. J'en ai parlé précédemment dans un billet intitulé: Le côté obscur de la force.  Depuis, j'essaie de mieux comprendre les structures des cartes maîtresses et des séquences de storage de sorte à optimiser leur usage en fonction de mes besoins. Je prends bien soin ici de mentionner en fonction de mes besoins.

La configuration optimale d'un ordinateur varie grandement relativement à l'usage qu'on en fait. Une machine pour de la bureautique ne sera pas optimisée de la même façon qu'une machine de gamer ou de monteur vidéo. Pour donner un exemple simple, la machine de bureautique devra être très silencieuse, compacte et fiable. Aucune surcharge des composantes. C'est ainsi que j'assemble les ordis pour ma mère (88 ans) qui l'utilise 18 heures par jour, 365 jours par année et qui ne veut pas de trouble. Superbe climatisation à vitesse variable, bonne insonorisation et composantes redondantes en cas de problèmes. Composantes de très bonne qualité. La vitesse n'est pas un critère ici, mais plutôt la paix d'esprit. Rouler les applications d'Office n'est pas si exigeant.
SSD MVme de la famille 760 d'Intel. photo Martin Benoit

Dans les cas des photographes, homme-orchestre, les besoins peuvent varier. Je ne résumerai pas ici les différents aspects de nos professions et leurs exigences informatiques. La plus grande révolution des dernières années en termes de performance est le passage aux SSD en remplacement des disques durs rotatifs. Tous ceux qui ont fait la migration ont observé des grands gains de vitesse. Les SSD peuvent être déployés à différentes étapes. Comme support du système d'opération, comme support des logiciels, comme "Scratch Disk" pour Photoshop. Ils peuvent être "stripés" pour doubler leur vitesse, etc.

Les SSD ne sont pas tous égaux par contre. Et si les SSD sont responsables de nos grands gains de vitesse des dernières années, leur vitesse devrait nous intéresser.

J'ai découvert les SSD de technologie NVme il y a quelques mois et j'en ai déployé deux dans mon ordi. Typiquement un SSD de technologie SATA est limité par la vitesse du protocole SATA de la carte mère. Dans les faits, ceux que l'on retrouve sur le marché ont des taux de transferts autour de 300 Mb/sec. C'est énorme en comparaison avec un disque dur traditionnel comme un Seagate Baracuda qui a une vitesse de transfert d'environ 80 Mb/sec. Nous sommes 4 à 5 fois plus rapides et c'est cette rapidité qui nous époustoufle quand on migre vers cette technologie. Lors d'un démarrage, on attend principalement après le transfert de données du disque qui contient le OS vers le RAM et pareillement lors du démarrage d'une application. Je simplifie ici pour les besoins de la discussion.

Les SSD de technologie NVme écrivent autour de 3000Mb/sec, un facteur de 10 fois plus vite ou du moins de 6 à 10 fois plus vite. Par contre vous ne pouvez pas les installer en remplacement de vos disques SATA car ils utilisent un autre type de connecteur et de protocole. Ils sont de type M2. Vous devez avoir des connecteurs M2 sur votre carte maitresse pour les installer. Heureusement ma carte maitresse en avait deux, ce que je n'avais pas considéré lors de sa sélection. J'ai pu heureusement les installer et m'amuser un peu.

Ce questionnement m'est apparu quand je travaillais au montage d'une capsule pédagogique sur l'art de l'entrevue vidéo où j'ai assemblé une collection de 22 entrevues que j'avais faites antérieurement et qui présentaient problèmes. Le projet occupait 250 gig sur le disque physique et Première pédalait pour le gérer. Le projet Hurrell dont vous avez vu quelques vidéos, occupe 500 gigs à lui seul. Il devient donc critique d'optimiser où Première fait ses preview et comment il bouge ses données.

C'est ce que sont les nouveaux MacBook Pro et les iMac Pro. Ils utilisent cette toute dernière technologie de storage jumelé à du RAM très rapide, un CPU de dernière génération et une carte graphique (GPU) la plus puissante possible. Tout ça est très, très cher et très "serti" de façon définitive dans votre ordi. Je ne me résous pas à me couler les pieds dans le béton avec une configuration définitive pour les années à venir. Une de mes collègues a fait le saut vers les iMacPro et a dû dépenser 12k$ pour pouvoir se projeter un peu vers l'avenir...

Le résultat est spectaculaire et appréciable si vous êtes du genre a presser le citron de votre machine quotidiennement.

Le problème de cette merveilleuse technologie est sa pérennité, le sujet de ce billet. Si vous lisez la page Wikipedia sur le sujet, nous sommes face à une situation ambigüe. Le SSD a plusieurs avantages et des désavantages. Personne ne peut prévoir sa pérénité, mais on sait déjà que ses limites d'écritures et de fiabilité sont de beaucoup inférieures aux disques durs traditionnels. La technologie s'améliore de jour en jour, mais il faut en rester conscient. Nous sommes encore réduits à ne pas nous fier à nos supports internes de nos ordis, mais à des solutions externes, RAID ou autres pour assurer notre pérénité. Des solutions de type Time Machine sont essentielles et quelque forme de Cloud n'est pas un luxe.

Entre temps, il nous reste à transférer nos données importantes d'un support à l'autre le plus souvent possible et espérer pour le mieux. Ces derniers temps j'utilise des disques Western Digital mauve (Surveillance Hard Drive) comme support d'archivage en miroir de petite taille (2TB) de sorte à les remplacer plus souvent.

Bonne chance!