samedi 20 juillet 2019

102 mégapixels pour 13k$

Le photographe G. Simoneau testait l'appareil de Fuji. photo Martin Benoit
La Fuji GFX 100 est enfin sur le marché. J'en avais une dans les mains hier.
Bel appareil, belle construction, bons objectifs, toutes dernières technologies et bon prix.

Est-ce que ce type d'appareil mettra fin aux appareils moyen format de type 6x4,5 aux prix hypothécaires? Simultanément, Sony sort sa A7R IV à 60 mégapixels.

La Fuji est une vraie RAW 16 bits selon les spécifications. Un fichier couleur en 8 bits pèse 306 megs et un en 16 bits 612 megs. Attachez vos ceintures et commencez à regarder pour le nouveau MacPro qui débutera à 7k$ ou regardez du côté sombre de la force en passant à Windows.... Le ram et la vitesse de CPU ne sera plus un gadget, surtout si vous êtes du genre à faire des flous gaussiens et travailler en multi calques.

Pour ma part, je n'ai jamais aimé le clivage social que la haute résolution a généré dans le monde de la photographie. Historiquement, la résolution était associée à la taille du film. Le prix d'un 4x5 et ses accessoires était souvent moindre qu'un kit 2 1/4. Tout le monde pouvait soumissionner sur des mandats à haute résolution. C'était une histoire de technique pas de budget. Un Cambo ou un Sinar P2 faisaient les mêmes photos si la compétence du photographe y était.

Les dos numériques moyen format on scinder les photographes en deux classes sociales. Ceux qui pouvaient se les payer et ceux qui ne pouvaient pas. Oui, on peut louer, mais tout ça se reflète dans les profits.

J'espère que cette ère "discriminatoire" prendra fin avec finalement de la vraie haute résolution pour "the rest of us".

De plus, le prix de travailler à une si haute résolution a des répercussions sur le storage, l'ordinateur, etc. Toute la chaîne de production doit être repensée si on veut exploiter confortablement les 102 mp. L'appareil permet de ne pas utiliser toute la résolution et retourner à des tailles de fichiers plus gérables pour les projets ne nécessitant pas toute cette résolution comme 51 mp ou moins.

J'avais une préoccupation concernant le fait que ce capteur n'ait pas de filtre passe-haut qui s'assure de ne pas produire de moiré. Le technicien de Fuji m'a montré des exemples qui auraient dû produire des moirés et il n'y en avait pas. Ce sera la pratique qui indiquera si à une certaine distance un motif répétitif à une ouverture donnée en générera. En reportage le moiré n'est pas vraiment un problème, mais en commercial et en mode, où de telles résolutions sont recherchées, ça peut devenir un problème et c'est la fonction de cet appareil. En général, plus la résolution réelle est élevée plus le motif doit être petit pour en produire. Aussi le tech de Fuji m'indique que la famille d'objectifs développés pour la GFX 50R et 100 n'ont pas besoin d'être fermés d'un cran ou deux pour offrir la résolution nécessaire aux 100 mp.

Une autre question que je me pose, sachant que le capteur est sur une suspension à 4 ressorts indépendants, y aura-t-il des vibrations indues lors de captation vidéo sur trépied à la fin d'un pan soudain, causées par ces ressorts qui réagissent? En vidéo sur tête fluide, il faut désactiver la stabilisation interne afin de contrôler le cadrage par la tête de trépied et éviter les conflits avec la stabilisation interne. Est-ce que la désactivation de la stabilisation sur 5 axes désactive aussi la suspension du capteur?

Dernier commentaire, il existe un adaptateur pour chambre 4x5. Tous ceux qui ont essayé ce genre de dispositif, en commençant par les adaptateurs pour dos PhaseOne sur Sinar ou autres, savent que la très petite taille du capteur, en comparaison avec un film 4x5, impose l'usage de focales beaucoup plus courtes, donc des étirements de soufflet moindre voir même impossibles pour cause de l'épaisseur des montants latéraux des caméras. Même en utilisant des portes-objectifs en retraits et en remplaçant le soufflet par une poche, les distances focales qui devraient être utilisées sont encore trop loin, à moins que tout ce qui nous intéresse soit de faire de la macrophotographie à très fort grossissement. Sinar on construit le P3 et Linhof le M679 pour palier à ces problèmes. Belle petite facture à ajouter au prix de l'appareil. Selon la photo de Fuji, ce serait un Omega View 4x5 tellement étiré et avec tellement de bascule et décentrement que seule une focale d'au moins 210mm pourrait être en foyer à l'infini. Une 210 sur un capteur de cette taille est un petit téléobjectif. On oublie de faire de l'architecture au grand-angulaire. Il faudra convertir ses tilt and shift Canon ou Nikon et faire attention au bord de l'image, car le capteur étant plus grand que 24x36, il ne restera plus grand jeu avant le vignettage.

Il me semble que cet appareil peut remplacer avantageusement une 5D mk II en termes de versatilité et longévité. Tous les marchés haute résolution sont ouverts à un tel appareil et si utilisé judicieusement, on peut contourner les problématiques associées aux fichiers trop lourds. Il faudra, par contre, repenser son parc d'objectifs...
photo extraite du site de Fuji

samedi 29 juin 2019

La rééducation, le gros problème

Ce que j'entends le plus, relativement aux vieux routiers qui essaient des Sony A7 ou A9, c'est la difficulté d'adaptation à passer de Canon/Nikon vers Sony.

Quand t'as passé les 25 dernières années à réagir à des situations avec une certaine ergonomie, tu joues de ton instrument comme si c'était une extension de ton corps. Quand tu changes d'ergonomie, t'as l'impression d'avoir perdu ta virtuosité et t'es prêt à céder les avantages techniques pour retrouver tes vieilles pantoufles qui te permettent de danser le rigodon.

De plus, tirer avantage des nouveaux mirrorless, que ce soit la famille Z de Nikon ou les R de Canon, implique de revoir sa philosophie d'exposition, sinon on n'en profite qu'à la moitié.

Selon moi, un gros aspect des mirrorless est de visionner en temps réel le rendu de la photo finale et de poser les correctifs en temps réel. Finis le "chimping" (validation sur le moniteur) pour s'assurer que l'image est bien exposée. Vous regarder le moniteur en temps réel dans le viseur (si vous êtes en mode "simulation d'exposition"). Vous pouvez donc faire appel à tous les modes automatiques plus intelligents qu'auparavant, car la mesure de la lumière se fait au niveau capteur avec ses millions de posemètres et ses algorithmes de compréhension de la scène.
Canon A-1. photo Martin Benoit

Je me souviens de l'apparition du Canon A-1 (1978). Le premier appareil qui a offert 3 automatismes et un ordinateur de bord. Priorité ouverture, priorité vitesse et programme. C'était une révolution technologique qui a été très mal accueillie chez les pros. Encore, aujourd'hui, on considère que d'être bon photographe, implique savoir exposer en mode manuel. On n'a qu'à voir la popularité des t-shirts qui affichent la consécration du mode manuel.

Le Canon A1 a été mal accueillie car il pouvait sembler déposséder l'opérateur du contrôle de l'appareil. Il pouvait aussi exposer en manuel. Canon était dans sa montée de popularité avec son nouveau F-1 pro qui lui, n'offrait pas d'automatisme.

À cette époque j'enseignais la photographie aux adultes dans le sous-sol de l'église de mon quartier. Je me souviendrai toujours de la dame qui m'est arrivée avec cet appareil de son mari et qui voulait que je lui explique. J'ai du lui offrir une session particulière chez elle afin d'étudier moi-même le complexe manuel d'instruction qui réferait à une approche et une ergonomie avec laquelle ne n'étais pas familier. Je ne sais pas si j'ai réussi à lui enseigner son utilisation, il me semble que je l'aie peu revue lors des cours subséquents... Je possède moi-même un tel appareil et chaque fois que je veux l'utiliser, je dois reconsulter le manuel. C'est probablement, car je ne l'utilise pas tous les jours.

Il a fallu attendre plus de 20 ans pour que chez les pros on commence à considérer certains automatismes en ce, en ne le criant pas trop fort sur les toits. Pourquoi se priver d'une intelligence artificielle pertinente quand elle peut accélérer notre travail ou notre réflexion? Oui, il faut la monitoriser et la gauchir au besoin en utilisant notre intelligence humaine de pro, mais est-ce que notre raisonnement en manuel est si supérieur aux décisions que feraient un automatisme bien sélectionné pour la situation?

Apprivoiser les automatismes des divers appareils est une tâche en soi. Chaque appareil et chaque mode à ses caprices. Il faut les connaitre et savoir anticiper les situations où il faudra faire preuve d'humanité derrière les décisions. Je me souviens de mon premier appareil sophistiqué (Nikon F801s). Il n'y a presque pas de différence entre les décisions que prend un Nikon D5, qu'un F801s. La lecture matricielle globale de la lumière qui prend en compte la rotation de l'appareil à l'aide d'une bille de mercure qui se déplace selon la posture (c'est du moins la légende urbaine). J'avais enfilé un 36 poses d'Ektachrome 100 (un film capricieux à bien exposé) et j'avais tiré 36 photos de diverses situations problématiques en priorité ouverture et j'avais laissé l'appareil prendre les décisions. Il y avait peut-être 2 photos qui n'étaient pas exposées de façon optimale. Bien sûr, une fourchette de 1/3 de cran sur chacune des photos aurait produit plus de flexibilité, mais toutes les photos étaient bien exploitables sur un numériseur à tambour professionnel.

Mon "professionnalisme" résidait en bien choisir l'ouverture prioritaire. L'ISO m'était imposé par le film et la vitesse était choisie par l'appareil. Je monitorise la vitesse choisie dans le viseur et j'opère la bague ou molette d'ouverture en fonction des propositions ou encore la molette de compensation d'exposition selon le sujet. Et voilà!

L'important c'est d'être confortable et habile avec son appareil. Si ça vous prend une année ou deux à développer ce confort, il n'y a pas d'examen de fin de session, ainsi soit-il.

lundi 10 juin 2019

Les compositions qui semblent erronées sont souvent les plus crédibles.

Je participais à un atelier de photojournalisme il y a quelques semaines et lors de l'atelier, j'ai du me questionner sur la "qualité" de certaines de mes images et surtout, décider lesquelles je présenterais lors de la remise finale.

photo "mal cadrée" normalement. photo Martin Benoit
À partir de 2200 photos, il fallait que je n'en présente que 15 qui seraient réduites à 10 ou moins par les formateurs (Dominique Nahr et Roger Lemoyne). J'avais décidé de documenter certains phénomènes entourant notre église Notre Dame et entre autres, la popularité d'y célébrer des mariages cossus.

Je suis resté une dizaine d'heures à attendre des moments pertinents et explorer les diverses situations qui se présentaient à moi. J'ai eu la chance de tomber sur un bon gros mariage avec 3 Rolls Royce et 3 autres grosses limousines blanches. J'ai fait une centaine de clichés de divers aspects de ce mariage et finalement, j'ai opté pour cette photo, qui auparavant je n'aurais pas considérée. On voit mal l'église Notre Dame, il y a trois personnages noirs qui quittent le cadre et un qui est tronqué. Très difficile de recadrer cette image et de conserver son sens. Après un moment, j'y ai vu des qualités plutôt que des défauts et en particulier les trois hommes qui quittent le cadre. Cette "erreur" donne un sentiment d'authenticité à l'image et lui retire toute intention de fabrication la rendant, par le fait même plus crédible.

Ce n'est pas que mes autres photos soient des mises en scène, c'est uniquement le fait que l'on est habitué de voir de "belles" photos bien composées par les pros, que celles un peu moins bien composées des amateurs ont la réputation d'être plus vraies, moins fabriquées.

Ensuite, je me suis demandé si je jouais une game de "manipulation" envers le lecteur. Je sais, il ne faut pas trop penser et agir à l'intuition. Et je me suis dit que j'ai vraiment fait cette photo en pensant premièrement à la mariée et est-ce que l'on réussit bien à comprendre que la marié est assise à l'arrière et bien visible. Je n'ai pas réfléchi sur le coup à l'impact des trois hommes en noir car je voyais bien qu'ils escortaient un parent vers une autre voiture. Une seconde plus tard, ils étaient hors cadre.

Dans le fond tout le monde comprend l'histoire. Une marié qui attend dans une belle limousine, devant l'église dont on parle et que l'on montre bien dans d'autres photos de ce reportage et des chauffeurs bien habillés qui accompagnent quelqu'un. Est-ce important de bien montrer ces derniers? On surchargerait peut-être l'image de points d'intérêts et en conséquence on diminuerait l'importance de la marié et de l'église.

On ne planifie pas ce genre d'image, même s'il semble que Cartier-Bresson le faisait. On est là, on regarde dans le viseur, on se positionne, on tente un message et on pousse sur le bouton.

C'est une lecture et ça me prouve de nouveau qu'il ne faut pas effacer nos images trop rapidement, car les angles de lectures peuvent varier en fonction des besoins et de notre propre évolution personnelle.

lundi 22 avril 2019

Le droit d'auteur bien expliqué cette fois-ci!

Tout le monde à sa petite version de la philosophie du pourquoi du droit d'auteur.
Cette fois-ci, je trouve que cette explication est exhaustive, historique et bien nuancée.
Comme toujours, John Hess a une approche un peu "geeky", mais on l'aime bien comme ça.

dimanche 14 avril 2019

Qui est un pro aujourd'hui?

Suite à la lecture du billet de Fred Marie concernant la "guerre des pros" j'observe que depuis le début de la photographie, être un "pro" est souvent le facteur de variables historiques. C'est un commentaire redondant de ma part sur ce blogue. En tant qu'enseignant, j'y suis confronté.

Je m'explique. Au début de la photographie, pouvoir exercer cet art/technique tenait souvent plus à l'habilité d'être chimiste et artisan, qu'habile cadreur ou artiste. À en juger par cette publicité, que j'ai extraite du catalogue de Sears de 1904, les fournitures du photographe sont plus alambiquées que le point and shoot d'aujourd'hui.

Je ne fais que penser à notre Anastasiya, finissante au programme de photo où j'enseigne, et qui s'est attaquée au "procédé" ancien qu'est la gomme bichromatée quadrichrome. Plusieurs  mois de recherches et d'expérimentations à l'aide des produits qui ne sont plus disponibles dans nos magasins de photos. Heureusement pour Anastasiya, elle a réussi à produire d'impressionnantes gommes couleur qui furent appréciées par ceux qui avaient compris la démarche. Malheureusement pour elle, une certaine indifférence émergea de la part de ceux qui ne s'y retrouvaient pas. L'imagerie numérique nous ayant accoutumés à tous les effets visuels imaginables, il en découle une certaine apathie à l'égard des effets spéciaux.

À qui "appartient" la profession? Sans un ordre professionnel, reconnu par le gouvernement qui ne reconnaitrait que seuls les membres de l'ordre peuvent pratiquer professionnellement, le marché en sera un de libre marché ouvert à la compétition de toutes sortes. Cet ordre professionnel n'arrivera jamais. Dans certains pays d'Europe, de telles reconnaissances par l'état à limiter la reconnaissance de qui étaient un photojournaliste professionnel. Est-ce souhaitable et quels seraient les critères. Personnellement, je ne crois pas en ce genre de contrainte quand la sécurité/santé de l'état n'est pas en jeux.

Nous sommes dans un libre marché où l'accès s'est démocratisé depuis les dernières années. Les conséquences nous les connaissons et ce n'est pas le propos de ce billet de les énumérer.

Je me questionne même, à l'occasion, sur la pertinence des programmes de photographie. Est-ce que Nadar a suivi un programme? Est-ce qu'Ansel Adams a appris la photo de façon formelle?

De toutes les époques, il y a eu des "amateurs" qui se sont aventurés dans des secteurs "professionnels". Ce n'est pas un phénomène récent, c'est seulement, qu'aujourd'hui les conséquences sont différentes. Dans un libre marché, la compétition peut créer une baisse des prix ou encore une recherche de l'excellence et des fois les deux. Nous sommes confrontés aux deux, je crois.

Les prix ont baissé et chacun doit produire un excellent résultat. Du point de vue du client, c'est merveilleux. Du point de vue du "fabricant", c'est très exigeant.
 






Anastasiya travaillant à sa gomme couleur. photo Martin Benoit


dimanche 7 avril 2019

La relation entre réalisateur et artiste

Will Fradette au milieu, Eno est à l'extrême droite. photo Martin Benoit
Jeudi soir avait lieu une conférence d'artistes et réalisateurs vidéo qui travaillent en symbiose depuis quelques années. Le but de la conférence était de tenter de comprendre en quoi cette symbiose est avantageuse ou, au contraire, contraignante.

Loud et Les Trois Accords étaient invités. William Fradette travaille avec Loud et Eno travaille avec Les Trois Accords. Dans les deux cas, il a semblé avantageux de cultiver une telle relation entre réalisateur et artiste. Par contre, ça impose de toujours aller plus haut et de maintenir un concept ou une signature forte et persistante.

J'ai beaucoup apprécié la palette de vidéo-clip que nous avons visionné afin de mieux comprendre les influences de ces créateurs.

dimanche 24 mars 2019

Le HDR (High Dynamic Range) très avant son temps

image provenant de la brochure
En 1958, la compagnie LogEtronics Inc. mettait à point un agrandisseur révolutionnaire qui permettait d'imprimer un négatif contenant des détails très sombres et très clairs en une simple opération sans compromettre le contraste local. C'était le HDR bien avant son temps.

Les tirages ainsi obtenus étaient impossibles à produire autrement que par cette technique. Il aurait fallu fabriquer des masques argentiques pour les hautes lumières et d'autres pour les ombres, comme il s'en produisait pour le Cibachrome et le Dye Transfer. Je m'excuse pour le langage ésotérique ici, mais certains laborantins comprennent ce à quoi je fais référence; un cauchemar.

Le merveilleux de cette technologie est la beauté des tirages ainsi que la simplicité à les produire. Quiconque a eu à éclairer ce genre de situation industrielle, sait que c'est très difficile, voir impossible de s'assurer que tous les coins de la machinerie soient bien éclairés et qu'ensuite l'information sera imprimable. Quiconque a eu à imprimer de telles images connait bien les limites des manipulations possibles pour récupérer les détails.

J'ai numérisé deux tirages argentiques de références pour montrer la qualité de la gradation du résultat.

cliquez pour agrandir
Ce qui est étrange, c'est que je n'ai pas trouvé la moindre trace de ces agrandisseurs sur l'Internet. LogEtronics inc. se spécialise principalement en matériel d'imagerie scientifique et militaire. Il semble qu'en 1985, 95% de ses revenus provenaient de contrats gouvernementaux. C'est pour dire que l'on ne trouve pas tout sur Internet, ou bien que ces machines sont extrêmement rares ou qu'elles ont toutes été détruites.

Un triste aspect de l'histoire de la photographie tient du fait que tout le volet laboratoire professionnel est très peu documenté. Par contre, ce sont très souvent les laboratoires professionnels qui ont produit les grandes images de l'histoire de la photographie. Sans les grands labos professionnels (et ici je les distingue des très grands labos amateurs), la grande majorité des images qui constituent notre portfolio historique n'existeraient tout simplement pas.

Mon explication est que les propriétaires de laboratoires professionnels ont souvent des préoccupations mercantiles et non pas romantico-historiques. Quand une pièce d'équipement n'est plus rentable, on en dispose rapidement dans le grand conteneur à déchets et on passe à un autre appel...


vendredi 1 mars 2019

Nouveau regard sur le regard de la jeune fille afghane

La très controversée photo de la jeune fille afghane soulève encore les passions avec cette analyse qui se concentre plutôt sur le contexte social et l'éthique photojournalistique. J'aime cette approche, mais, comme le mentionne l'analyste, les propos sont souvent contradictoires de la part des protagonistes.

En gros, on soulève ici que le regard apeuré de la jeune fille n'est pas relié à la peur d'être une réfugiée, mais plutôt d'être intimidée par un photographe inconnu qui lui "impose" de retirer sa burka ne tenant pas compte de l'inconfort social que cela suscitera chez la très jeune fille.

Il conclut que cette photo constitue un abus de non-paiement d'un modèle, car finalement, ce n'est pas l'histoire de la jeune fille qui l'intéressait, mais uniquement ses caractéristiques physiques, ce qui est généralement le cas quand on engage des modèles rémunérés.

Je simplifie ici, et vous invite à visionner le point de vue.

samedi 2 février 2019

Sony A7SII, les meilleures photos sont toujours cellles dans les conditions les plus difficiles...

Summicron 35mm f2, 1/125e sec, ISO 20 000. photo Martin Benoit
C'est étrange, les meilleures photos, avec la A7SII, me semblent être celles ou j'avais abandonné l'idée que j'obtiendrais une bonne photo.

Chaque année, nous avons cette tradition de faire flotter des petits bateaux de noix de Grenoble qui  frappent un bout de papier contenant un dicton devant nous aider pour la nouvelle année.

Cette opération se déroule sous l'éclairage de deux bougies et souvent, afin de lire le dicton, on doit allumer une lampe auxiliaire pour voir suffisamment.

Cette année, l'A7SII m'a permis de voir les gens en arrière-plan (que je ne voyais pas à l'oeil nu)  et de gérer les grands écarts de luminosité typique de ce genre de scène.

Mon neveu avec son téléphone Google Pixel 2 et le mode "Vision de nuit" pouvait faire une photo surprenante dans la mesure ou personne ne bougeait. Il est très intéressant de lire l'approche que Google utilise afin de réduire le bruit et le mouvement lors des photos de nuit. Quand le capteur n'est pas capable, utilise un logiciel et plusieurs captations. Une approche similaire à l'astrophotographie contemporaine.

L'A7SII c'est plus qu'un ISO élevé, c'est une gradation dans les ombres et les hautes lumières. Le plaisir c'est de rétablir les gradations dans Lightroom et de constater que le fichier contenait toute cette information et qu'elle se dégrade peu après fortes manipulations.

J'ai toujours été du genre à utiliser des objectifs très rapides. Rien en bas de 2,8 et 1,4 et 1,0 ont été mon pain quotidien pour des milliers de photos. Je reconsidère cette approche considérant les problèmes inhérents aux grandes ouvertures (profondeur de champ, vignettage, hors foyer involontaire, prix des objectifs, etc.). F2 me permet de couvrir toutes les situations où mon oeil peut voir et je sais que je pourrai  utiliser 1/125.

Comme je le mentionnais dans un précédent billet, mon appareil est en priorité ouverture, f2, vitesse d'obturation minimale 1/125 et Auto ISO. Je n'ai qu'à gérer mon histogramme que je vois en temps réel dans le viseur en ajustant la molette de compensation d'exposition. Une seule molette à gérer en plus de la mise au point. Cette molette modifiera l'ISO ultimement, maintiendra la vitesse à 1/125 si c'est sombre et j'impose en tout temps l'ouverture manuellement.

Les manufacturiers de mirrorless ont tous clamé que leur grande monture et leur distance monture-capteur, permettront de réaliser des objectifs d'une rapidité jamais vue (f0,95 et mieux). Voulons-nous ces objectifs avec leur mince profondeur de champ et tous les hors foyer non désirées? Ou nous voulons un excellent ISO qui fera une aussi bonne photo à une ouverture plus raisonnable?

La vraie question dans le cas de la A7SII est : est-ce que 12 Mp est suffisant pour notre secteur d'utilisation. Ce fut la question que j'ai du me poser sérieusement avant de sauter dans le bateau de la A7SII.

J'en conclus à cette étape, qu'une photo nette de 12 Mp est mieux qu'une photo floue de 24 Mp.

Dans un prochain billet, j'exposerai ma compréhension du mode vidéo dans des situations extrêmes de contraste et faible illumination.

dimanche 27 janvier 2019

Le cégep du Vieux Montréal est à la recherche de profs de photo

Le cégep du Vieux Montréal est à la recherche de candidats (tes) pour enseigner au programme de photographie du cégep du Vieux Montréal.

Les qualifications requises sont : posséder un DEC en photographie ou l'équivalent, avoir au moins 5 ans d'expériences professionnelles dans le domaine, avoir une connaissance de la plateforme Macintosh, des connaissances et expériences en vidéo, connaissance pertinente des logiciels de référence en photographie, Photoshop, Lightroom, Premiere, etc. Voici un lien vers la page de candidatures spontanées.

Seuls les CV reçus via cette plateforme seront considérés. http://www.cvm.qc.ca/…/CandidaturesSpontan…/Pages/index.aspx

jeudi 10 janvier 2019

Notre substance ce sont les bytes

À une certaine époque, notre substance c'était la pellicule. Dans le cas de certains, les tirages étaient plus significatifs que les négatifs, pour d'autres les négatifs ou les "transparents" (diapositives) le corpus même de leur carrière.

De nos jours, notre "substance" sont des bytes éparpillées sur divers supports physiques et d'autres, moins physique quelque part dans un nuage.

Qu'en est-il de la pérennité de nos corpus? Moult discussions sur le sujet ont spéculé sur cette question en allant du fameux CD-Rom plaqué or de Kodak aux différentes solutions RAID.

Personne n'a de boules de cristal de sorte à prévoir le futur et quel support, virtuel ou physique, archiveront nos productions.

Je possède encore mes premiers disques durs de mon premier PC de 1986. J'ai toujours eu de la misère à les jeter ne sachant pas exactement ce qui s'y trouve. Je peux toujours lire mes disques de technologie SCSI et mes IDE. Je suis peut-être chanceux. J'ai transféré leur contenu sur des disques modernes de technologie SATA. Le transfert de support semble être une bonne précaution en numérique, car les générations ne dégradent pas le contenu contrairement à l'argentique qui endure mal les générations.

En essayant d'éviter d'acheter les Mac de dernières générations (iMacPro) j'ai analysé leur technologie et mes besoins et j'ai tenté de me construire une machine Windows qui remplirait mes besoins. J'en ai parlé précédemment dans un billet intitulé: Le côté obscur de la force.  Depuis, j'essaie de mieux comprendre les structures des cartes maîtresses et des séquences de storage de sorte à optimiser leur usage en fonction de mes besoins. Je prends bien soin ici de mentionner en fonction de mes besoins.

La configuration optimale d'un ordinateur varie grandement relativement à l'usage qu'on en fait. Une machine pour de la bureautique ne sera pas optimisée de la même façon qu'une machine de gamer ou de monteur vidéo. Pour donner un exemple simple, la machine de bureautique devra être très silencieuse, compacte et fiable. Aucune surcharge des composantes. C'est ainsi que j'assemble les ordis pour ma mère (88 ans) qui l'utilise 18 heures par jour, 365 jours par année et qui ne veut pas de trouble. Superbe climatisation à vitesse variable, bonne insonorisation et composantes redondantes en cas de problèmes. Composantes de très bonne qualité. La vitesse n'est pas un critère ici, mais plutôt la paix d'esprit. Rouler les applications d'Office n'est pas si exigeant.
SSD MVme de la famille 760 d'Intel. photo Martin Benoit

Dans les cas des photographes, homme-orchestre, les besoins peuvent varier. Je ne résumerai pas ici les différents aspects de nos professions et leurs exigences informatiques. La plus grande révolution des dernières années en termes de performance est le passage aux SSD en remplacement des disques durs rotatifs. Tous ceux qui ont fait la migration ont observé des grands gains de vitesse. Les SSD peuvent être déployés à différentes étapes. Comme support du système d'opération, comme support des logiciels, comme "Scratch Disk" pour Photoshop. Ils peuvent être "stripés" pour doubler leur vitesse, etc.

Les SSD ne sont pas tous égaux par contre. Et si les SSD sont responsables de nos grands gains de vitesse des dernières années, leur vitesse devrait nous intéresser.

J'ai découvert les SSD de technologie NVme il y a quelques mois et j'en ai déployé deux dans mon ordi. Typiquement un SSD de technologie SATA est limité par la vitesse du protocole SATA de la carte mère. Dans les faits, ceux que l'on retrouve sur le marché ont des taux de transferts autour de 300 Mb/sec. C'est énorme en comparaison avec un disque dur traditionnel comme un Seagate Baracuda qui a une vitesse de transfert d'environ 80 Mb/sec. Nous sommes 4 à 5 fois plus rapides et c'est cette rapidité qui nous époustoufle quand on migre vers cette technologie. Lors d'un démarrage, on attend principalement après le transfert de données du disque qui contient le OS vers le RAM et pareillement lors du démarrage d'une application. Je simplifie ici pour les besoins de la discussion.

Les SSD de technologie NVme écrivent autour de 3000Mb/sec, un facteur de 10 fois plus vite ou du moins de 6 à 10 fois plus vite. Par contre vous ne pouvez pas les installer en remplacement de vos disques SATA car ils utilisent un autre type de connecteur et de protocole. Ils sont de type M2. Vous devez avoir des connecteurs M2 sur votre carte maitresse pour les installer. Heureusement ma carte maitresse en avait deux, ce que je n'avais pas considéré lors de sa sélection. J'ai pu heureusement les installer et m'amuser un peu.

Ce questionnement m'est apparu quand je travaillais au montage d'une capsule pédagogique sur l'art de l'entrevue vidéo où j'ai assemblé une collection de 22 entrevues que j'avais faites antérieurement et qui présentaient problèmes. Le projet occupait 250 gig sur le disque physique et Première pédalait pour le gérer. Le projet Hurrell dont vous avez vu quelques vidéos, occupe 500 gigs à lui seul. Il devient donc critique d'optimiser où Première fait ses preview et comment il bouge ses données.

C'est ce que sont les nouveaux MacBook Pro et les iMac Pro. Ils utilisent cette toute dernière technologie de storage jumelé à du RAM très rapide, un CPU de dernière génération et une carte graphique (GPU) la plus puissante possible. Tout ça est très, très cher et très "serti" de façon définitive dans votre ordi. Je ne me résous pas à me couler les pieds dans le béton avec une configuration définitive pour les années à venir. Une de mes collègues a fait le saut vers les iMacPro et a dû dépenser 12k$ pour pouvoir se projeter un peu vers l'avenir...

Le résultat est spectaculaire et appréciable si vous êtes du genre a presser le citron de votre machine quotidiennement.

Le problème de cette merveilleuse technologie est sa pérennité, le sujet de ce billet. Si vous lisez la page Wikipedia sur le sujet, nous sommes face à une situation ambigüe. Le SSD a plusieurs avantages et des désavantages. Personne ne peut prévoir sa pérénité, mais on sait déjà que ses limites d'écritures et de fiabilité sont de beaucoup inférieures aux disques durs traditionnels. La technologie s'améliore de jour en jour, mais il faut en rester conscient. Nous sommes encore réduits à ne pas nous fier à nos supports internes de nos ordis, mais à des solutions externes, RAID ou autres pour assurer notre pérénité. Des solutions de type Time Machine sont essentielles et quelque forme de Cloud n'est pas un luxe.

Entre temps, il nous reste à transférer nos données importantes d'un support à l'autre le plus souvent possible et espérer pour le mieux. Ces derniers temps j'utilise des disques Western Digital mauve (Surveillance Hard Drive) comme support d'archivage en miroir de petite taille (2TB) de sorte à les remplacer plus souvent.

Bonne chance!